Être partout

Alors que j’ai posé mes bagages en terre corrézienne pour travailler au calme, je continue de découvrir des fragments de mémoire.
Dans la commune d’Allassac que j’arpente depuis ma plus tendre enfance, je n’ai découvert qu’aujourd’hui l’existence d’un héros local.
Il y a dans le bourg, à quelques kilomètres de Brive la Gaillarde, une rue que j’ai emprunté mille fois sans me demander son nom. Aujourd’hui seulement, mon regard s’est posé sur la plaque et j’ai découvert le personnage de Jean Cariven.
Ce sous-lieutenant FTPF de 31 ans, habitant d’Allassac a trouvé la mort pendant la libération de Brive. Le 15 août 1944, les FFI livrent des combats pour prendre le contrôle des blockhaus installés sur les ponts qui enjambent la Corrèze. Le lendemain, dans Brive libéré, le jeune homme trouve la mort en se jetant sur une grenade pour protéger les gens alentours.

Une stèle au pont Cardinal marque le lieu de son décès.

Et donc une rue de sa ville porte son nom.
Je constate aujourd’hui que je crois n’avoir jusqu’alors jamais entendu parler de lui.
Il semblerait néanmoins que son souvenir soit entretenu depuis les années 50.
Pour en savoir plus : http://www.anacr-objat.fr/jean-cariven-16-aout-1944/

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« Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »

Mon voyage à Lyon m’a inspiré.

Une pensée en a entraîné une autre.

Car j’ai pensé qu’en « descendant » à Lyon, j’avais passé la ligne de démarcation, qui coupait à travers la Bourgogne, le nord du Massif Central avant de piquer vers le sud de Tours à travers l’Aquitaine jusqu’à la frontière espagnole.

Bien sur, on se souvient du passage de la ligne de la Grande Vadrouille à Meursault, en Saône-et-Loire, entre Beaune et Mâcon.

Mais ce qui vient de me revenir en tête, c’est le premier roman noir français, naissance sous la plume de Léo Malet du détective privé Nestor Burma : 120 rue de la gare.

En 1942, Malet se projette dans son personnage, ancien anarchiste, désabusé mais moralement droit, qui se plonge dans la France occupée à la poursuite d’une énigme. Au Stalag où il est prisonnier, un amnésique agonisant lui livre une étrange dernière phrase : « Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »
Le roman paraît en 1943. Burma y mène l’enquête de Lyon à Paris. Libéré dans la zone sud pas encore occupée, le détective y retrouve tout la société rapatriée en zone sud : journaux, cabinets d’avocats et même son ancien employé, Bob Colomer, qui est abattu sur le quai de la gare en ayant juste le temps de lui dire : « Patron, 120, rue de la gare. »

120 rue de la gare, c’est une immersion dans la France occupée (par Vichy ou par l’Allemagne), ses restrictions, ses combines, ses débrouilles, avec une intrigue qui nous mène au cœur de la débâcle.

Jacques Tardi en a livré une adaptation brillante, ainsi que la suite des aventures de Burma.
Un regret : Léo Malet, militant libertaire, qui a vendu l’Insurgé à la criée à Montpellier et vécu dans le foyer végétalien du 13e arrondissement (qu’il raconte dans Brouillard au pont de Tolbiac), Malet qui est arrêté d’abord par la France pour la diffusion d’un tract pacifiste avant d’être pris par les Allemands dans la débacle et enfermé dans un Stalag, Malet qui brosse dans Brouillard au pont de Tolbiac un portrait acide des anarchistes qui virent de bord pour devenir bandits puis bourgeois respectables livre à la presse à la fin de sa vie des interviews au propos xénophobe.

La vieillesse est un naufrage…

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