LES « SS AUX PETITS PIEDS »

Aujourd’hui, des négationnistes ont taggué le centre de la mémoire d’Oradour. La rhétorique est toujours la même : traiter les victimes de menteurs. C’est d’ailleurs le terme utilisé.

Laisser passer la colère

Ma première réaction était de la colère. Après réflexion, les gens qui ont fait ça recherchent précisément cette colère. C’est une provocation. La démarche consistant à utiliser la colère dans leur démonstration : s’ils ont provoqué la colère, c’est parce qu’ils ont commis un blasphème contre la religion inquestionnable des crimes du nazisme. Eux font mine de poser des questions et de s’appuyer sur des faits. La seule chose dont ils ne doutent apparemment pas, c’est de leur propre certitude.

Nier le crime, c’est le perpétuer.

La négation du crime, ce sont les criminels eux-mêmes qui l’ont commencé.
Ici en dynamitant les crématoires, là en faisant disparaître les corps des suppliciés. Le refus d’assumer le crime mêle une cruauté perverse et la lâcheté fondamentale. La cruauté perverse, c’est celle de prendre plus que la vie des victimes : leur droit à être reconnues comme telles. La lâcheté fondamentale, c’est celle du criminel qui espère ne jamais rendre compte. Pour des gens dont le projet était de diriger le monde, c’est plutôt médiocre.

Ma grand mère a raconté tant de fois l’officier, à la kommandantur de Limoges le 11 juin. Il lui rétorqua, alors qu’elle cherchait à savoir ce qu’il était advenu d’une de ses amies et de son bébé : « pensez bien que s’il était arrivé quelque chose à Oradour, nous serions les premiers informés. »
Peut-être faut-il voir dans cet acte de vandalisme un contrecoup du récent lâchage par les entreprises gérantes de réseaux sociaux qui fournissaient jusque là un espace complaisant à leur propagande des antisémites Dieudonné et Soral. Peut-être aussi que la date, au lendemain des commémorations du 76e anniversaire de la libération de Limoges, n’a pas été choisie au hasard.

Ne pas prendre les vessies pour des lanternes

Les personnes qui ont fait ça, quand elles seront condamnées, se prendront sans doute pour des condamnés politiques. En réalité, ils ne relèvent que du droit commun. Ils se fantasmeront peut-être en SS. Ils ne sont mêmes pas des kapos. Comme le jeta si bien Simone Veil à la face de leurs semblables, ce ne sont que des « SS aux petits pieds ».

PS : Peu d’activité sur le site ces derniers temps, car je déménage et fais des travaux. Je quitte une rue portant le nom d’un martyr de la Résistance, Gilbert Dru, assassiné par la gestapo sur la place Belcourt, pour Grand Clément, à Villeurbanne, où la mémoire d’une rafle est inscrite dans mes trajets quotidiens. On ne se refait pas.

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