OCTOBRE…

Les amateurs pourront accompagner cet article de l’écoute de la chanson éponyme de Francis Cabrel.
Mais vous avez le droit de ne pas aimer.
Et puis ça n’a aucun rapport avec la suite.
Ou alors ce serait fortuit.
(Cliquez, ne cliquez pas : c’est interactif.)

Comme son titre l’indique, cet article tient presque de la page d’almanach. Pas du Vermot, je vous rassure. Il n’y aura pas de calembour sur ce site. Rappelez-moi à l’ordre s’il m’en échappait un.
Un certain nombre d’activités m’ont occupées ces dernières semaines. Elles m’ont retardé dans ce que je souhaitais publier ici. Une partie concernait plus ou moins directement le projet. Je vais y revenir. Mais entre actualités récentes et à venir dans ce mois, il me semblait pratique de tout rassembler dans un classeur Octobre.

Une 643e victime identifiée à Oradour

L’information était passée inaperçue à l’époque.
Le 15 janvier 2020, le TGI de Limoges prononçait officiellement le décès d’une femme de 73 ans.
Cette femme, Ramona Dominguez Gil, est décédée il y a plus de 75 ans.

Alors que le reste de sa famille, victime comme elle du massacre par les SS du régiment Der Führer de la division blindée Das Reich dans le village d’Oradour-sur-Glane, était bien portée au bilan officiel des victimes, cette femme avait disparu des listes, sans doute victime d’une confusion administrative avec sa belle-fille.
Ce mercredi 7 octobre, l’association nationale des familles des martyrs d’Oradour-sur-Glane se réunira pour décider quoi faire. Et donner à Mme Ramona Dominguez Gil la place qui lui est due dans les hommages rendus aux victimes de ce crime de masse.
C’est le travail d’un chercheur catalan, David Ferrer Revull, qui a permis d’exhumer cette femme de l’oubli. Elle porte donc à 643 le nombre de victimes du massacre du 10 juin 1944, dont 19 réfugié-e-s espagnol-e-s.
Reste à trouver le portrait de cette femme, pour qu’elle rejoigne les plus de 500 autres portraits des victimes au Centre de la Mémoire d’Oradour.
NDLA : Une photo a déjà été trouvée, nous apprend la rédaction de France 3 Limousin.
L’article du populaire pour aller plus loin.

La disparition

Jean Cavaillès, philosophe des sciences, héros et martyr de la Résistance.
Mis au secret par le contre-espionnage allemand avant sa mort.

Une information qui me renvoie à une réflexion laissée pour l’instant en suspens – faute de temps – sur ces disparitions liées à la deuxième guerre mondiale. Une idée née dans un premier temps du destin du résistant Jean Cavaillès. Et des travaux de Laurent Thiery, historien de la Coupole d’Helfaut dans le Pas de Calais.
Jusqu’en 2019, en effet, Jean Cavaillès était officiellement mort le 17 février 1944, fusillé par les allemands.
Les recherches de Laurent Thiery ont fait apparaître que ce brillant philosophe des sciences, inspirateur du personnage de Luc Jardie dans l’Armée des Ombres, grand Résistant, a en fait été fusillé par les troupes d’occupations allemandes, effectivement. Mais le 5 avril, 7 semaines plus tard, à la citadelle d’Arras. Un détail ? Non.

Cela signifie qu’il a été mis au secret pendant les dernières semaines de sa vie. Un calvaire qui a duré de son arrestation le 28 août 1943 à son exécution. Et une réalité qui signifie aussi l’importance de sa prise pour le contre-espionnage allemand. Son corps n’est retrouvé et identifié qu’à la fin du mois d’octobre (justement) 1944, près de 2 mois après la libération d’Arras (le 1er septembre), 6 mois après sa mort.
Destin qui se trouve confondu, dans l’Armée des ombres, entre les personnages de Luc Jardie et de son adjoint Philippe Gerbier dans les derniers mots de Kessel : « Luc Jardie mourut sous la torture le 22 janvier 1944 après avoir livré un nom : le sien… Et le 13 février 1944, Philippe Gerbier décida, cette fois-là, de ne pas courir. »
Pour rappel, Cavaillès fût détenu et s’évada, à la fin de l’année 1942, au camp de Saint Paul, en Haute-Vienne.
La fiche de Jean Cavaillès sur le Maitron des fusillés par Bernard Pudal et Laurent Thiery.

Je cherche un homme

12 côtes d'archives : une demie journée pour les explorer. J'ai fait efficace. Je reviendrai.
12 cotes d’archives : une demie journée pour les explorer. J’ai fait efficace. Je reviendrai.

La disparition, c’est aussi ce qui anime un des mes travaux en cours.
Je me suis rendu le 22 septembre aux archives départementales de la Haute-Vienne à la recherche des familles, réfugiées d’Alsace-Moselle à Peyrat le Château. J’en ai déjà parlé. Voir l’article Les écrits restent.
Ma compagne et moi-même avons retrouvé dans une maison de Peyrat le Château une série de lettres. Celles-ci datent des années 45 au milieu des années 50. Elles ont été envoyées de Niederbronn-les-bains dans le Bas-Rhin. Les expéditeurs étaient des aslaciens et lorrains (Niederbronn est à la limite des départements du Bas-Rhin et de la Moselle) réfugiés à partir de septembre 1939 et qui ont, pour beaucoup, passé la guerre ou une partie de celle-ci à Peyrat le Château.
Ces lettres racontent le retour dans un pays dévasté. Certains racontent vivre dans les ruines de leur maison, plusieurs années après la fin de la guerre. La préoccupation pour les provisions est omniprésente. Les récoltes de fruits, légumes, et surtout de pommes de terre, sont racontées en détail. Et tous et toutes demandent des nouvelles de Peyrat et de la famille avec qui ils et elles se sont entassés pendant ces mois ou années difficiles… Notamment d’une petite-fille née en 1943. C’est elle qui prendra soin, avant son décès, presque trois quarts de siècle plus tard, de garder soigneusement ces modestes mais si précieuses traces de l’histoire que nous allions trouver dans ses affaires.
Ce qui est riche, dans ce corpus de documents, c’est ce que ces lettres racontent, au delà des propos tenus. La pénurie généralisée. Le papier si rare. Le difficile retour à la vie. Ces liens qui restent entre les réfugiés et celles et ceux qui les ont accueilli. Ces documents sont un témoignage aussi de cette histoire si particulière entre Alsace et Limousin, une histoire que les incorporés alsaciens et mosellans de la Das Reich ne sauraient résumer à eux-seuls.

« Chez nous à Niederbronn, il y a encore 45 qui n’ont pas encore rentré. »
2 ans, 8 mois et trois semaines après le 8 mai 1945.

Parmi ces personnes, il y a un absent.
Sa femme l’évoque à plusieurs reprises. Elle espère son retour. Ou au moins des nouvelles.
Jusqu’à une lettre de la fin de l’année 1949. Un voisin annonce que le mari est « tombé » en mars 1945. Le terme est habituellement employé dans la terminologie militaire.
A-t-il été déporté ? Entre le 27 mars et le 19 avril 1944, la colonne Brehmer tue et déporte juifs et résistants (ou supposés tels) entre la Dordogne et le Puy de Dôme ? Et la terminologie militaire a parfois été employé pour les déportés, en particulier politiques.
S’est-il trouvé engagé dans les combats dans un camp ou dans l’autre ?

A-t-il été victime d’un bombardement quelque part ? Beaucoup de ces réfugiés étaient recensés comme travailleurs de la métallurgie. Des qualifications qui ont peut-être pu leur valoir d’être réquisitionnés pour l’industrie de guerre allemande.

Pour l’instant, les premières archives consultées ne m’ont pas permis d’en savoir plus.
Cette femme ne précisant pas le sort de son mari plus précisément, je suppose que sa situation était déjà connue des destinataires.
Le mystère reste pour l’instant entier.

Je glisse ici un chaleureux remerciement à Mme Wittebroote, des archives départementales de la Haut-Vienne, pour son aide et accueil.

Se souvenir du 17

Ce 17 octobre, nous commémorerons le 59e anniversaire de la répression sanglante des Algériens à Paris. Ce soir-là, les Algériens de région parisienne protestent pacifiquement. Après une série d’attentats visant le forces de l’ordre dans le contexte de la guerre d’Algérie, ils font l’objet d’un couvre-feu discriminatoire. La Fédération de France du FLN entend peser sur les négociations.
La répression dépasse sans doute la centaine de mort. Beaucoup de manifestants sont portés disparus. Nombreux ont été jetés dans la Seine.
« Ici on noie les algériens. » dénonce un tag sur un quai parisien.

Le préfet de police de Paris, depuis 1958, c’est Maurice Papon.
Nommé là après ses états de service comme préfet de Constantine, en Algérie.
Après être passé entre les gouttes à la libération. Un subtil mélange de compétences rares de grand administrateur de territoire et de services rendus à des réseaux pendant l’occupation lui permettent la poursuite de sa carrière. Il est chef de cabinet de trois commissaires régionaux de la République (Gaston Cusin, Jacques Soustelle et Maurice Bourgès-Maunoury). Puis il gravit les échelons dans l’administration coloniale avant d’être nommé à Paris.

C’est encore le travail aux archives d’un chercheur, Michel Bergès dans les archives de la Gironde, qui exhument les cadavres des placards.
Il trouve, en travaillant sur la collaboration économique, plusieurs écrits de Maurice Papon entre 1942 et 1944. Alors secrétaire général de la préfecture, il signe sa participation à la déportation des juifs de son département. Les documents sont révélés le 6 mai 1981, entre les deux tours des présidentielles, alors que Maurice Papon est ministre du budget du gouvernement Barre.
Ce n’est qu’en 1998 que Maurice Papon est condamné pour crime contre l’humanité. Les victimes du 17 octobre 1961 ne sont pas évoqués lors de ce procès. Mais la chute de Papon contribue à la remise en mémoire du 17 octobre 1961.

Il y a 80 ans, le 3 octobre…

Anniversaire sinistre également, celui de la loi du 3 octobre 1940 instituant un statut particulier pour les juifs de France. Acte antisémite. Acte de collaboration. Tal Bruttmann, historien, spécialiste de la Shoah, en parle mieux que moi.

Il est de ceux qui me font rester sur Facebook. Je ne sais pas si je dois le remercier.

À venir sur le site :

J’aimerais, pour ce mois d’octobre arriver à boucler deux articles en cours.
L’un s’intitule Fallait-il sauver le soldat Ryan ?. Il ne s’agit pas d’y faire la critique cinématographique du film de Spielberg. Depuis 1998, c’est fait. En revanche, il s’agit de remettre ce film dans un contexte. D’analyser la part de mémoriel et de représentations. Et de se demander si, finalement, essayer de faire vrai n’est pas au fond le meilleur moyen de sonner creux.

L’autre tourne autour de Georges Guingouin, à nouveau. On continue à décortiquer le personnage. Après l’Orphelin, sur la mort de son père en 1914, on se penche sur ce qui me semble être l’étape clé suivante de son parcours : son adhésion au Parti Communiste. Car, tel que je le vois, Georges Guingouin, c’est le militant communiste d’un moment particulier et d’un endroit particulier. C’est ce que je vais décortiquer dans Un drôle de paroissien.
Octobre, pour parler d’un militant communiste, ça semble bien choisi. Même si la Révolution d’octobre eût lieu en novembre. Une histoire de calendrier grégorien adopté par la Russie seulement après la Révolution. On pourrait en parler, mais on va encore partir au XVIe siècle…

Bon mois d’octobre à toutes et tous.

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