UNE ODYSSÉE MÉMORIELLE

À voir en ce moment, depuis sa diffusion par Arte à la mi-janvier, le documentaire sur le film Das Boot, de Wolfgang Petersen, sorti il y a 30 ans. C’est l’histoire d’un film, de sa genèse à sa présentation au public, par ceux, acteurs et techniciens, qui l’ont fait. Plus que le simple making-of d’une superproduction, régal de cinéphile, ce film revêt un autre intérêt. Traiter de son sujet, ce film, comme un évènement mémoriel.

Une histoire allemande…

On y apprend donc la genèse du projet. Un correspondant de guerre de la Kriegsmarine, Lothar-Gunther Buchheim, embarque en 1941 à bord du sous-marin U-96. Il tire 30 ans plus tard de cette expérience un roman à succès : Das Boot. Les studios Bavaria en achètent les droits dans l’optique d’en tirer un projet ambitieux. Et quand on veut faire un succès international, on pense tout de suite coproduction américaine. Refus catégorique de Buchheim.

Parce que l’objet est sensible : son histoire, c’est un homme de la génération allemande maudite faisant le récit de sa guerre à la face du monde. C’est un récit à plusieurs niveaux de lecture. De l’universel et du particulier.

L’universel, c’est l’aventure humaine, telle qu’on la retrouve dans tout récit de guerre. Une histoire d’initiation de jeunes hommes face à la mort, qu’elle vienne de l’ennemi ou de la mer.

Le particulier, il est ici particulièrement incontournable : le drapeau pour lequel ces hommes s’engagent dans cette aventure, il porte une croix gammée. C’est tout sauf anodin.

Aussi, cette histoire doit-elle rester, pour Buchheim, une histoire allemande, parce qu’elle est introspective. Pas question de se faire caricaturer pour coller aux canons hollywoodiens. Pas question non plus de donner à penser que le film est à la gloire du fait guerrier, en particulier sous cette bannière-là.

par une production allemande…

À la Bavaria viennent donc s’ajouter deux chaines l’audiovisuel publique de la République Fédérale d’Allemagne (équivalent des coproductions par France 3 région). L’histoire prend donc deux options narratives différentes. Un film pour le cinéma international. Une série pour la télévision allemande. Il faut donc tourner beaucoup pour assurer les deux formats.

Les moyens techniques ayant déjà englouti un budget considérable, il n’est plus question d’engager sur le film un casting renommé. Tous les acteurs sont donc de quasi inconnus, recrutés à travers toute l’Allemagne de l’Ouest – avec leurs accents régionaux.

Quand tous ces jeunes gens arrivent à La Rochelle pour finir le tournage, ils s’aperçoivent qu’une partie de la population locale, en particulier parmi les plus âgés, est venue voir ce curieux phénomène : des uniformes allemands dans la base, 35 ans après la libération de la poche de la Rochelle. De plus, le film s’achève par un bombardement aérien de la base, autre occasion de souvenirs cuisants pour les rochelais. C’est une réalité dont l’équipe du film prend conscience sur place.

pour une mémoire allemande.

Lors de la sortie du film, c’est en Allemagne que l’accueil du film est le plus dur, sensibilité du sujet oblige. Tout film de guerre court le risque de sembler glorifier la guerre (j’en ai déjà parlé au sujet du soldat Ryan). Dans une Allemagne traumatisée par son passé, il faut montrer encore plus de gages de pacifisme.

À noter aussi, le film subit également le désaveu de Buchheim lui-même, qui s’en désolidarise publiquement. Ce qui soulève la question pour toute adaptation : est-ce qu’on peut déplaire à l’auteur ? Et pourrait-il en être autrement ?

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