Les ombres au crépuscule 1/2

Le 12 septembre 1969, il y a 50 ans, l’Armée des Ombres de Melville, est sorti en salle. C’est l’adaptation du roman éponyme de Joseph Kessel de 1943.

Ce soir, c’est dans la cour de la prison de Montluc que je revois ce film.

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J’écris ton nom…

Écoutez la chronique radio en cliquant sur l’image.

Faute de temps pour moi-même écrire, je me permets de relayer ici ces mots d’Aurélien Bellanger hier matin sur France Culture.

La conclusion du 4 septembre, 8h45

Sans doute que la poésie a chanté la geste de la résistance parce que celle-ci opposait à ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture (Goebbels) ceux qui quand on leur proposait de sacrifier au budget de la guerre celui de la culture répondirent : « mais alors pourquoi nous battons nous ? » (Churchill)

Je pose ça là brièvement comme une note pour plus tard.

À réfléchir aussi, ce passage par la commune de Peyrat le Château et son monument au mort. Deux remarques : la liste des tués de 39-45 est impressionnante ; les morts de Peyrat ne sont pas « Morts pour la France » mais « victimes de la guerre ».

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Cartables et crayons (retardateurs)…

Cette rentrée était pour moi l’occasion de rencontrer Mr Viroulaud, adjoint au maire de Limoges, pour parler mémoire et espace public. (Voir après).

Rendez-vous ayant été pris au Musée de la Résistance de Limoges, j’ai saisi l’occasion pour visiter l’exposition temporaire en cours.

Jusqu’au 23 septembre, c’est aux forces spéciales qu’est consacrée la galerie du sous-sol du musée de la rue Neuve Saint Étienne.

SOE, SAS ou OSS, ces commandos français, britanniques et nord-américains ont été parachutés sur les zones de maquis du Massif Central, des Alpes, des Vosges ou de Bretagne pour renforcer les partisans et harceler les arrières de l’occupant. Voir l’article sur la retraite allemande.

À voir donc, équipements et gadgets de ces soldats peu conventionnels, mais aussi, plus intéressant, nombre de profils d’organisateurs et de soutiens de réseaux (notamment les COPA, organisateurs de terrains de parachutages et d’atterrissages clandestins) avec leurs cartes de repérage des terrains ou les grilles indiquant les messages annonçant du traffic sur tel ou tel aérodrome secret ou leurs rapports d’observation ou d’activité.
Au menu également, une connaissance : le compagnon de la Libération Hennebert, passé par les terrains de Corrèze.

Ou encore, l’incontournable Maloubier, qui a donné son nom à un des boulevards de Limoges.

Des profils, pour les équipiers Jedburgh, SOE, OSS ou SAS assez singuliers, puisque ces hommes, à la Libération, ont très vite regagné le secret pour s’engager, ensuite, pour beaucoup d’entre eux, dans les opérations secrètes des guerres coloniales ou de la guerre froide.

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Dessous les pavés… l’orage.

Lors du vernissage presse du nouveau Musée de la Libération de Paris – Musée du Général Leclerc – Musée Jean Moulin, sa directrice, Mme Sylvie ZAIDMAN a répondu à mes questions.
Nous sommes revenus sur la genèse du musée mais aussi ses choix d’aménagement. Héritier de deux musées existants consacrés à une figure centrale de la lutte militaire et de la résistance civile, le musée devait faire également une place, au sein de sa collection, au lieu même qui l’accueille, le PC de Rol Tanguy pendant l’insurrection de Paris.

Au programme du musée, donc, les parcours croisés de Moulin et Leclerc collés à la frise chronologique de la France occupée. Avec beaucoup de classiques des musées sur la période : la mise en contexte, la montée du nazisme, de la propagande de l’époque. Et quelques pièces particulièrement émouvantes : le casque percé d’une balle qui le tua dans son char, le Barrois, de Georges Bomy, Maréchal des Logis de la 2eDB, le 25 août ou les souvenirs collectés par leurs camarades dans leurs chars calcinés près d’Alençon des soldat Gully, Lego, Jayr, Massenet et Plusquellec (Chars Reims, Paimpol et Compiègne). Ou encore ce document signé du préfet de Paris recevant à la gare de l’Est la dépouille de l' »inconnu » Jean Moulin pour incinération, le 9 juillet 1943.

Photos suivantes par Emmanuelle Trompille ©.

Le PC Rol

On entre, en sous-sol, dans la partie la plus immersive du musée. Les casques de réalité augmentée et les petits effets sonores de l’escalier contribuent à rendre ce lieu presque hanté.

Au cœur de l’orage

Grâce à des amis, je viens d’avoir l’occasion de passer quelques jours dans le Vercors. Un voyage en pays de mémoire.

Je prendrais le temps de faire quelques lignes à ce sujet quand j’aurai laissé derrière moi quelques tracas administratifs.

Quelques faits intéressants pour commencer.

  1. C’est avec le plan Montagnard que ce massif entre Drôme et Isère, entre Die et Grenoble, prend son unité géographique. Le nord et le sud sont en effet séparés par des gorges extrêmement encaissées où aujourd’hui encore, par endroits, deux véhicules ne se croisent qu’avec prudence. C’est justement ces accès difficiles qui inspirent à des résistants locaux l’idée d’en faire une citadelle maquisarde et un point d’appui pour des opérations aéroportées. Nord et sud sont également très différents avant guerre par l’activité et le développement. Au nord, notamment, la station de Villard de Lans. Au sud, des villages plus modestes et des terres plus sauvages. Le randonneur s’en régale.
  2. La tragédie du Vercors se joue en un peu plus de deux mois. Les réfugiés s’y retrouvent dès le début de la guerre, comme dans tous les territoires ruraux où l’occupant se montre peu . C’est l’apport de réfractaires au STO devenant forestiers pour l’occasion qui développe les premiers camps en 43. Mais c’est surtout le lancement du mot d’ordre de rejoindre les maquis en juin 1944 qui scelle le drame à venir. De 400 maquisards, ils se retrouvent 4000. Après les 750 morts de juillet (plus 200 civils), et la dispersion, ils ne sont plus que 1200 à participer au sein des unités constituées sur le plateau aux combats de la libération dans la vallée du Rhône.
  3. Vassieux en Vercors, au delà du triste visage d’une commune reconstruite en hâte à la fin des combats, présente 3 sites principaux et complémentaires. La Nécropole nationale, où reposent pèle mêle les maquisards et les civiles assassinés, de 12 ans pour la plus jeune victime à 91 pour la plus âgée. Cette nécropole date de la fin de la guerre. Le Mémorial, qui comme son nom l’indique, se veut lieu de mémoire. C’est l’implantation la plus tardive, 50 ans après les faits, sur les hauteurs surplombant la vallée de Vassieux. Le musée départemental de la résistance de Vassieux, dans le bourg, derrière l’église reconstruite où est célébrée la messe du souvenir le 21 juillet, jour de l’attaque allemande par planeurs sur le village. Construit à l’initiative d’un ancien maquisard dans les années 70, c’est un lieu de mémoire devenu lieu d’histoire. Encore riche de collections d’objets (tracts, affiches, armes et pièces d’uniforme), le musée a très subtilement intégré sa première mouture à sa rénovation autour des années 2000. Ainsi ont été conservée dans le musée les premiers panneaux écrits par Joseph la Picirella, l’initiateur du musée. À la fois recul et respect de son point de vue.

Le reste en vrac. Bonne journée à tout le monde.

Une ligne droite et quelques pas de côté

Vladimir Trouplin, conservateur du musée de l’ordre de la Libération

L’année 2019 a commencé pour le projet Un passé très présent par une séquence de mise en perspective.

Pour reprendre le déroulé, j’avais commencé il y a deux ans par une interview d’Armand Gatti, qu’on retrouve dans la première bande annonce du projet. Bien m’en a pris : Armand Gatti s’est éteint un mois après notre rencontre. Une certaine urgence avait commandé cette première phase de travail. Les témoins sont rares, très âgés. Je craignais d’arriver trop tard.

La bande annonce reflète assez cette étape, puisqu’on y retrouve, outre Armand Gatti, messieurs Arnaud et Pataud, maquisards respectivement à Saint Méard et Saint Léonard. Ces deux hommes sont heureusement encore alertes à l’heure où j’écris.
Cette première urgence passée, il m’a fallu penser, à l’aune de ce que j’avais collecté, pour chercher la pertinence de ma démarche.

Le fil que je suivais depuis le début était de chercher dans quel terreau avait pu germer l’idée pour ces hommes de prendre le maquis, de s’organiser comme ils l’ont fait. De quel imaginaire ils nourrissaient leur réel.

Et puis, à mesure que je cherchais, je m’apercevais que la mémoire de ces faits était une mémoire à trous. Que certains personnages avaient un peu disparu du paysage même si dans certains cas, leur nom était prononcé presque quotidiennement. Armand Dutreix, François Perrin, Georges Dumas sont pour bien des limougeauds des toponymes avant d’être des personnages de leur Histoire.

D’où l’idée de me lancer sur une enquête sur ce que c’est, la mémoire. Point où nous en sommes aujourd’hui.

Maintenant qu’une ligne est définie, il m’a fallu mettre le Limousin en perspective. Parce que j’y suis né et que je voulais m’affranchir de possibles contingences locales pour travailler sereinement.

Dans ces mises en perspective, je me suis trouvé en possibilité de rencontrer des chercheurs. Et j’ai eu envie de m’offrir quelques pas de côté. Pour commencer, donc, j’ai rencontré Mr Trouplin, conservateur du musée de l’ordre de la Libération. Je n’aurai sans doute pas la place de l’intégrer dans le projet documentaire final, mais pour autant, je trouvais intéressant de trouver une place pour étudier le rôle d’une institution comme l’Ordre de la Libération et son musée, intégré dans le dispositif mémoriel de l’Etat au sein des dispositifs du ministère de la défense. Un tel dispositif est amené à se croiser et interagir avec des structures associatives mémorielles, comme le sont l’ANACR ou l’association des amis du musée de la Résistance de Limoges, ou encore avec les mémoires individuelles qui amène des personnes à assister à des commémorations, rencontres, évènements autour de la mémoire de la Résistance, à adhérer à ces différentes structures, à s’intéresser à la production culturelle autour de ces sujets, qu’il s’agisse d’expressions artistiques ou de recherches.

D’autres pas de côté seront réservés à des interviews de chercheurs, historiens dans un premier temps, pour des réflexions sur le rôle de la recherche dans la demande de connaissance de nos sociétés.