Brève « euphorie »

Le marteau et l’enclume 1/3

Si la défense sur les 3 fronts ouest européens (Normandie puis nord de la France, sillon rhodanien et Italie) coûte cher à l’Allemagne, qui fait aussi face, durant l’été 44, à une offensive soviétique en Biélorussie (Opération Bagration de juin à août) , elle a coûté aussi très cher aux Alliés.

Il a fallu plus de deux mois aux Alliés pour sortir de Normandie. Reprendre et rendre opérationnels des nœuds logistiques sur l’axe reliant Cherbourg à Paris, la Nationale 13, coûte très cher en hommes et en matériel.
Les Alliés ont perdu près de 220 000 hommes – dont plus de 40 000 tués – et ont déployé près de 3 millions d’hommes en Normandie. L’ouverture des têtes de pont du 6 juin s’est avérée moins couteuse que les prévisions. En revanche, c’est la résistance allemande dans les jours et les semaines qui suivent qui a été sous-estimée. Pour franchir les lignes allemandes, les alliés n’ont d’autres choix que le recours à des bombardements aériens massifs. Pour percer à Avranches, l’US Air Force anéantit sous un tapis de 60 000 bombes la commune de la Chapelle-en-Juger et la division Panzer Lehr qui s’y trouve en quelques heures, lee matin du 25 juillet 1944.
Les lignes logistiques se rétablissent sur une terre brûlée. Les ports artificiels Mulberry A et B à Omaha et Gold Beach ne peuvent atteindre la capacité de traffic d’un port en dur, comme Cherbourg, le Havre ou Rouen. D’autant qu’une tempête détruit le premier 3 jours seulement après sa mise en service. De fait, les Alliés utilisent d’avantage leurs barges de débarquement en plus des ports secondaires capturés en assez bon état, comme celui de Courseulles-sur-Mer. 16000 tonnes d’approvisionnement passent chaque jour de la mer à la terre dans la tête de pont alliée de Normandie.

L’avancée des armées créant des besoins en ravitaillement pour chaque corps d’armée, les rivalités entre généraux sont exacerbées. Montgomery et Patton, les deux généraux les plus célèbres du front ouest se haïssent. « Monty » a laissé une bonne part de son prestige africain dans la plaine de Caen face, notamment, à la 12e panzerdivision SS. Patton, lui, a accroché à son palmarès la percée d’Avranches et la libération de la Bretagne (à l’exception des ports, où les troupes occupantes créent des poches).

Ralentis en septembre sur une ligne allant grossièrement de l’estuaire de l’Escaut à la frontière suisse, les Alliés tentent d’emporter la décision par une opération pensée par Montgomery pour frapper l’un des poumons industrielles de l’Allemagne, la Ruhr. Cette opération échoue.

Le quart nord-est de la France est encore occupée.

De fait, 8 mois de guerre séparent la fin de la bataille de Normandie de la capitulation allemande.

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Le marteau et l’enclume

L’opération Anvil-Dragoon. Un croisement d’enjeux mémoriels intéressant.

Il y a 75 ans, l’opération Anvil-Dragoon ouvre un second front en France. La remontée des alliés par le sillon rhodanien accélère le retrait des troupes allemandes du territoire français. En Normandie, les Alliés, avec notamment l’intervention des troupes françaises et polonaises, sont en train de fermer la poche de Falaise au moment où les armées Patch et De Lattre mettent le pied dans le Midi. Et donc d’emporter la bataille de Normandie.

La période de la mi-août à la mi-septembre est une grosse période de retraite allemande. Le 5 septembre, les britanniques prennent Anvers. Sauf que…

NDLA : Devant la longueur et les digressions que prend cet article, je vais le feuilletonner. À retrouver ces prochains jours :

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Humilité

Un trouvaille ce matin, grâce au Maitron : cet article de Cécile Vast, historienne du laboratoire de Recherches historiques Rhône-Alpes, LARHRA – CNRS (Besançon). Une historienne dont je connaissais l’existence depuis quelques temps que je travaille sur le sujet. Mais dont je découvre aujourd’hui la pertinence, au travers de cet article qui me semble particulièrement intéressant.

L’article est à lire en cliquant ici.

Comme l’émission d’hier, je ne m’appesantirai pas à vouloir apporter mon grain de sel sur un sujet où je ne suis qu’un disciple.
Une simple observation : il me semble avoir lu dans ces lignes une nouvelle façon d’exprimer ce qui est le fil rouge de ma réflexion depuis que j’ai décidé de consacrer un documentaire à la Résistance en Limousin.

La réalité de la Résistance, ce ne sont pas des idées préconçues et des images folkloriques dont on croit devoir draper cette histoire dès lors qu’on l’adresse à un grand public. En réalité, comme l’a déjà très bien souligné Laurent Douzou dans son excellent La Résistance Française, une histoire périlleuse, la France des années 40 est un objet historique particulier. Les historiens de profession d’après-guerre qui se sont penchés sur la question ont eu à composer avec une complexité particulière dans l’exercice de leur métier : l’Histoire immédiate est un exercice difficile en ce qu’il confronte un certain nombre d’acteurs de leur vivant, d’une part ; d’autre part, cette confrontation est d’autant plus présente quand une partie de ces historiens ont eux-mêmes fait partie de ces réseaux. La génération d’historiens d’aujourd’hui commence à pouvoir désormais travailler dans des conditions différentes : un détachement temporel et parfois personnel plus fort et des archives encore récemment inédites qui viennent de s’ouvrir (archives du PCF, archives de la répression, etc.).

Pour parler de cette période, il s’agit donc surtout de faire preuve d’une grande humilité. Nous qui, pour la plupart d’entre nous, n’avons pas été confrontés au choc de 1940 et aux dilemmes moraux de la France occupée et en avons somme toute été préservés par les générations qui les ont traversés ne savons rien d’expérience. Quant à la connaissance historique déjà riche, elle apporte encore de nos jours de nouveaux éléments. Ce n’est que tout récemment, pour ne citer qu’un exemple, que l’on apprend que Jean Cavaillès est mort plus tard que le jour de son exécution supposée.

Sans être naïf sur les ralliements tardifs et l’ambiguïté de la nature humaine, le ton péremptoire n’est souvent pas adapté.

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Un tour en Morvan

Le site devient ces jours-ci un véritable guide touristique. C’est sûrement dans l’air du temps.
Après un tour dans le Vercors, l’historien William Blanc, dont je vous ai déjà signalé le travail sur les Historiens de Garde et les usages de l’histoire médiévale – son domaine- dans la culture populaire et les usages politiques, a eu la gentillesse de m’adresser une émission de radio qu’il a faite il y a 6 ans sur l’ouvrage d’Yves Boursier, professeur en Anthropologie à l’université de Nice : Armand Simonnot, bûcheron du Morvan : Communisme, Résistance, Maquis.

Une découverte pour moi et une émission de mon point de vue passionnante.

Entre rapports avec l’appareil central du PCF avant, pendant et après la guerre, territoires et populations rurales et expérience maquisarde, sans surprise, le nom de Georges Guingouin revient régulièrement et des comparaisons sont faîtes.

Plutôt que de m’appesantir dans une analyse personnelle pour laquelle je n’ai pas assez de temps immédiatement, je vous invite à aller découvrir cette émission de radio par vous même.

Une émission à écouter en cliquant sur cette image :

Lire directement la présentation de l’émission sur le site pour consulter notamment ses références et sources en cliquant ici.

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Mur, as-tu des oreilles ?

Je vous montrais l’autre jour une photo de ce que pourrait être l’ambiance d’intro du film.
Place aujourd’hui à la musique.

Ce projet est teinté de jazz.

C’est donc avec Méfions nous d’Epicure de mes amis de MOOP (à écouter ici) que je vais commencer mon film.

Parce que l’album Chronique de Résistances des Editions NATO est un des axes de mon travail.

Les mots de Gatti sur la musique d’Hymas.

Parce que le jazz, c’est la musique des années 30-50. Arrivée avec le corps expéditionnaire Pershing en 1918, cette musique se diffuse en Europe au cours des années 20-30. Et qu’aujourd’hui on en joue encore avec talents : le catalogue de NATO ou mes amis du groupe MOOP en sont la preuve.

Parce que Vichy censurait le jazz, musique « décadente ». Et dans une certaine mesure, avoir été interdit par Vichy est un critère de désirabilité.

Et puis, pour citer Churchill, à qui on proposait de réduire les budgets dédiés aux arts pour les dédier à l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

Affiche de 1940

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Roman national ? Histoire officielle ?

Je manque de temps aujourd’hui pour approfondir un sujet qui mériterait une profonde réflexion.

Je viens de recevoir le dernier exemplaire de Manière de Voir, le magazine bimestriel du Monde Diplomatique d’août-septembre 2019.

Celui-ci a pour titre Aux Armes Historiens, le roman national en débat.

Je manque de temps pour en faire une lecture critique, mais je souhaitais signaler, par rapport à cette thématique, quelques références qui me semblent utile.

Histony

Ce docteur en Histoire, spécialistes des transatlantiques d’avant-guerre, développe un travail de vulgarisation scientifique de l’Histoire assez important depuis quelques années grâce aux ressources des internets.

Histony c’est une page : https://venividisensivvs.wordpress.com/

C’est aussi une chaine Youtube sur laquelle il aborde nombre de sujets historiques, appuyé sur une expérience de chargé de cours à la Faculté. Il vient de consacrer une longue série de vidéo conférences à la Révolution Française, comme il a déjà consacré des conférences à d’autres moments historiques (1848, l’affaire Boulanger, etc.).

Également, à suivre avec intérêt, une série de vidéos de réflexion sur des usages actuels de l’Histoire.

J’ai envisagé un entretien de réflexion sur l’Histoire et ses usages que je ferai quand lui et moi en auront le temps.

Les Historiens de garde

Vous êtes lassé de voir Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorànt Deutsch raconter des histoires à dormir debout sur le service public ?

Lisez plutôt l’analyse qu’en ont fait Aurore Chéry, Christophe Naudin et William Blanc dans leur livre les Historiens de Garde paru en 2016 aux Éditions Libertalia.

L’Histoire, pour quoi faire ?

Serge Gruzinsky, historien, pose cette question fondamentale chez Fayard en 2015.

(Soutenez plutôt Libertalia que Fayard, mais on ne va pas se priver d’un bon bouquin.)

Marc Bloch

Au mémorial de la prison de Montluc, la fiche de Marc Bloch dans la cellule même où il a été détenu.

Ça date, mais foncez. Ne serait-ce que parce que Marc Bloch, non content d’être un brillant historien, rejoint la Résistance après avoir écrit une analyse passionnante de la défaite, introduit par un de ses étudiants, et le paie de sa vie.
S’il n’y avait qu’un seul livre : l’Étrange Défaite. À peine revenu du front, l’historien, vétéran des deux guerres, se livre à une analyse des causes de la défaite de juin 1940. Cela vous surprendra peut-être, mais il n’arrive pas aux mêmes conclusions que le régime de Vichy.

Paul Ricœur

La mémoire, l’Histoire, l’Oubli est un des derniers ouvrages du philosophe. Fait amusant, son assistant pour la rédaction de ce travail est un certain Emmanuel Macron.

Un lien doit bien exister, même ténu, entre ce travail commun et la politique mémorielle de l’actuel locataire de l’Élysée. Mais je n’ai pas le temps de creuser sérieusement.

Et pour finir…

Il y a un éditorial vidéo sur le thème : pourquoi faire de l’Histoire ? par Christophe Barbier.
Mais là… Je vous laisse juge.

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« Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »

Mon voyage à Lyon m’a inspiré.

Une pensée en a entraîné une autre.

Car j’ai pensé qu’en « descendant » à Lyon, j’avais passé la ligne de démarcation, qui coupait à travers la Bourgogne, le nord du Massif Central avant de piquer vers le sud de Tours à travers l’Aquitaine jusqu’à la frontière espagnole.

Bien sur, on se souvient du passage de la ligne de la Grande Vadrouille à Meursault, en Saône-et-Loire, entre Beaune et Mâcon.

Mais ce qui vient de me revenir en tête, c’est le premier roman noir français, naissance sous la plume de Léo Malet du détective privé Nestor Burma : 120 rue de la gare.

En 1942, Malet se projette dans son personnage, ancien anarchiste, désabusé mais moralement droit, qui se plonge dans la France occupée à la poursuite d’une énigme. Au Stalag où il est prisonnier, un amnésique agonisant lui livre une étrange dernière phrase : « Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »
Le roman paraît en 1943. Burma y mène l’enquête de Lyon à Paris. Libéré dans la zone sud pas encore occupée, le détective y retrouve tout la société rapatriée en zone sud : journaux, cabinets d’avocats et même son ancien employé, Bob Colomer, qui est abattu sur le quai de la gare en ayant juste le temps de lui dire : « Patron, 120, rue de la gare. »

120 rue de la gare, c’est une immersion dans la France occupée (par Vichy ou par l’Allemagne), ses restrictions, ses combines, ses débrouilles, avec une intrigue qui nous mène au cœur de la débâcle.

Jacques Tardi en a livré une adaptation brillante, ainsi que la suite des aventures de Burma.
Un regret : Léo Malet, militant libertaire, qui a vendu l’Insurgé à la criée à Montpellier et vécu dans le foyer végétalien du 13e arrondissement (qu’il raconte dans Brouillard au pont de Tolbiac), Malet qui est arrêté d’abord par la France pour la diffusion d’un tract pacifiste avant d’être pris par les Allemands dans la débacle et enfermé dans un Stalag, Malet qui brosse dans Brouillard au pont de Tolbiac un portrait acide des anarchistes qui virent de bord pour devenir bandits puis bourgeois respectables livre à la presse à la fin de sa vie des interviews au propos xénophobe.

La vieillesse est un naufrage…

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