J’écris ton nom…

Écoutez la chronique radio en cliquant sur l’image.

Faute de temps pour moi-même écrire, je me permets de relayer ici ces mots d’Aurélien Bellanger hier matin sur France Culture.

La conclusion du 4 septembre, 8h45

Sans doute que la poésie a chanté la geste de la résistance parce que celle-ci opposait à ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture (Goebbels) ceux qui quand on leur proposait de sacrifier au budget de la guerre celui de la culture répondirent : « mais alors pourquoi nous battons nous ? » (Churchill)

Je pose ça là brièvement comme une note pour plus tard.

À réfléchir aussi, ce passage par la commune de Peyrat le Château et son monument au mort. Deux remarques : la liste des tués de 39-45 est impressionnante ; les morts de Peyrat ne sont pas « Morts pour la France » mais « victimes de la guerre ».

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Culture populaire et mémoire (hors-série) : Nota Bene au Mont Gargan

J’avais annoncé que le prochain passage par la culture populaire rendrait visite à Mister Kit, mais Youtube est passé par là.

Le vidéaste Benjamin Brillaud, alias Nota Bene, un des youtubeurs parlant d’Histoire avec le plus de succès sur l’hébergeur de vidéos de Google a consacré sa dernière vidéo à la bataille du Mont Gargan.

Benjamin Brillaud, qui est avant tout un professionnel de l’audiovisuel, sait comment capter l’attention en contant les anecdotes du passé. Une approche du récit historique qui ne suffirait pas à la transmission de la connaissance historique, mais qui a sa place pour diffuser des bribes de connaissance à un public très large. Avec près de 30 000 vues en l’espace de 3 à 4 heures, peu de passeurs d’Histoire peuvent en faire autant. Sa chaine, qui compte presque un million d’abonnés, est une des grosses machines de Youtube.

Nota Bene, au delà de ces anecdotes incroyables, qui marquent les esprits (parmi lesquels il classe la bataille du Mont Gargan) et font du clic (plus de 900 000 vues pour certaines) travaille également à confronter Histoire, légendes, mythes, cinéma et quelques réflexions sur la transmission de la connaissance du passé.

A titre de comparaison, il rendrait jaloux des chaînes comme celles d’Arte (plusieurs chaines thématiques à environ 200 000 abonnés) ou l’historien Histony, dont j’ai, je crois, déjà parlé, qui ne compte pour sa part qu’une quarantaine de milliers d’abonnés. Sans compter votre serviteur et ses… 30 abonnés… (Je vous attends, d’ailleurs, hein. N’hésitez pas, c’est là.)

A titre de comparaison, Histony travaille sur une mise en scène des plus dépouillées : lui, parlant face caméra d’un ton très posé, avec des mots très choisis. En un sens, il respecte son profil de docteur en Histoire : prudence, rigueur et sobriété. Là où Benjamin Brillaud, vidéaste, parle d’un ton enjoué, avec un cadre plus léché. Chacun est dans son rôle.

Grand public et petits raccourcis

Naturellement, passé l’enthousiasme de voir la bataille du Mont Gargan se voir offrir une telle vitrine, j’ai sorti mes lunettes critiques. Et quelques points m’ont fait tiquer.

  • Oradour, ce ne sont pas des représailles mais une action de terreur. La Das Reich a d’abord pour ordre la guerre contre les partisans du secteur de la montagne limousine. Ils ne reçoivent que le 9 juin l’ordre de partir pour la Normandie. Ils décident alors de finir leur campagne de terreur par un coup particulièrement choquant porté à la population : une bourgade importante où l’activité maquisarde n’est pas signalé (il ne s’agirait pas de devenir des cibles quand on massacre). Même s’il n’est pas possible d’établir avec certitude les causes du choix d’Oradour, il est possible que la taille, les conditions de sécurité pour les tueurs et la situation géographique d’Oradour permettant de porter le choc du Limousin aux Charentes et au Berry ont pu déterminer celui-ci.
    Le terme de « représailles » est entré dans les usages, mais les habitants d’Oradour n’avaient rien demandé. Les passeurs de la mémoire d’Oradour, de Robert Hébras au personnel du centre de la Mémoire et aux associations de victimes se battent justement, entre autre, sur ce point. (Je vous propose de lire ou relire un précédent article où je me penchais sur la question.)
  • Guingouin ne devient chef des FFI qu’après cette bataille, le 3 août. La rancune du PCF a été tenace. En juin, il a désobéi à la direction FTPF qui lui ordonnait la prise de Limoges. Bon choix pour Limoges et pour ses hommes, mais mauvais pour sa carrière. Et les gaullistes étaient moyens chauds pour donner les rênes à un coco, d’autant plus en disposant à proximité de Limoges du Commandant Pinte, officier de carrière. C’est la encore un petit détail qui donne beaucoup de sens à tout ça. L’après guerre de Guingouin aurait aussi mérité un petit propos, mais ça c’est ma partie.
  • Enfin, attention au bilan. Les maquisards connaissaient bien mieux le terrain et les allemands ne sont pas parvenus à détruire ce maquis, contrairement à bien d’autres (Glières, mont Mouchet), et à reconquérir le terrain. Il y a donc réellement une victoire de la résistance. En revanche, les tués allemands sont peut-être un peu sur évalués. Ils pourraient englober les pertes de la brigade Jesser pour l’ensemble de son déploiement dans la région, jusqu’à son repli, fin août.

S’il est bon, je pense, ne serait-ce qu’en mémoire de celles et ceux qui y ont laissé leur vie, de se souvenir de cette victoire de l’armée des ombres, il est important de garder en tête les limites de cette victoire. S’il y a effectivement une période de bataille rangée entre maquisards du sud est haut-viennois et troupes allemandes, c’est bien d’un épisode de guerre de guérilla que le Mont Gargan a été le théâtre. Le terme de bataille rangée peut être employé mais avec une dose de prudence. Guingouin et ses hommes n’ont pas l’ambition de tenir le terrain coûte que coûte mais de faire disparaître le matériel dont ils vont avoir besoin dans les semaines à venir et préserver l’intégrité de leur organisation. En cela, c’est une victoire du maquis.

Ces précisions valent à mon sens d’être apportées pour que l’Histoire ne devienne pas folklore. Mais reconnaissons à Nota Bene de réussir à parler d’un petit coin de la deuxième bataille de France en l’espace de 10 minutes en gardant son public jusqu’au bout et en ne racontant pas trop de bétises. C’est toujours mieux que… Hum…

Pas sur les ambulances. (Mais oui, je parle de Bern et Deutsche.)

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Que je puisse jouer dans la cour des grands.

Culture populaire et mémoire : feuilletons quelques comics.

Deuxième épisode dans la pop-culture après mon badinage sur OSS 117.

J’ai eu la surprise de croiser un de mes enseignants sur les réseaux sociaux.
Non que j’ai trouvé son compte Facebook, tout enseignant se voyant confier des adolescents se méfie. Simplement une vidéo de France Culture me donnant la bonne surprise d’un visage familier.

Mon prof de SVT (il y a quelques années, faut-il le préciser ?), qui avait fait découvrir les vitamines à ma classe avec l’aide de Jacques Tourneur fait aussi autorité en matière de Comics.

Son interview en cliquant sur l’image.

Et cette émission plus longue, diffusée plus tôt dans le mois d’août.

Or le saviez-vous ? Un des pères du Comics américain, Jack Kirby, était un immigré juif autrichien. Forcément, un des premiers « supervillains » a recevoir quelques gnons sous la plume de Kirby fut Adolf Hitler.

Captain America est un protecteur des États-Unis contre les nazis. Magneto, l’ami/ennemi du Professeur Xavier, des X Men, est rescapé de la Shoah. Wolverine un mutant devenu arme de guerre dans un programme secret pour le Canada.

On pourra lire également le Super-Héros, une histoire politique, de William Blanc chez Libertalia.

C’était une parenthèse pour fin de mois d’août, avant d’envisager la rentrée, en plus d’une nouvelle démonstration brillante que la mémoire est partout. Étonnant ? Pas vraiment, si on écoute de nouveau l’interview que m’a accordé le Pr Corcos.

La prochaine escapade en pop culture tentera de tirer quelques larmes aux anciens lecteurs du journal Spirou avec Mister Kit alias l’oncle Paul.

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Brève « euphorie »

Le marteau et l’enclume 1/3

Si la défense sur les 3 fronts ouest européens (Normandie puis nord de la France, sillon rhodanien et Italie) coûte cher à l’Allemagne, qui fait aussi face, durant l’été 44, à une offensive soviétique en Biélorussie (Opération Bagration de juin à août) , elle a coûté aussi très cher aux Alliés.

Il a fallu plus de deux mois aux Alliés pour sortir de Normandie. Reprendre et rendre opérationnels des nœuds logistiques sur l’axe reliant Cherbourg à Paris, la Nationale 13, coûte très cher en hommes et en matériel.
Les Alliés ont perdu près de 220 000 hommes – dont plus de 40 000 tués – et ont déployé près de 3 millions d’hommes en Normandie. L’ouverture des têtes de pont du 6 juin s’est avérée moins couteuse que les prévisions. En revanche, c’est la résistance allemande dans les jours et les semaines qui suivent qui a été sous-estimée. Pour franchir les lignes allemandes, les alliés n’ont d’autres choix que le recours à des bombardements aériens massifs. Pour percer à Avranches, l’US Air Force anéantit sous un tapis de 60 000 bombes la commune de la Chapelle-en-Juger et la division Panzer Lehr qui s’y trouve en quelques heures, lee matin du 25 juillet 1944.
Les lignes logistiques se rétablissent sur une terre brûlée. Les ports artificiels Mulberry A et B à Omaha et Gold Beach ne peuvent atteindre la capacité de traffic d’un port en dur, comme Cherbourg, le Havre ou Rouen. D’autant qu’une tempête détruit le premier 3 jours seulement après sa mise en service. De fait, les Alliés utilisent d’avantage leurs barges de débarquement en plus des ports secondaires capturés en assez bon état, comme celui de Courseulles-sur-Mer. 16000 tonnes d’approvisionnement passent chaque jour de la mer à la terre dans la tête de pont alliée de Normandie.

L’avancée des armées créant des besoins en ravitaillement pour chaque corps d’armée, les rivalités entre généraux sont exacerbées. Montgomery et Patton, les deux généraux les plus célèbres du front ouest se haïssent. « Monty » a laissé une bonne part de son prestige africain dans la plaine de Caen face, notamment, à la 12e panzerdivision SS. Patton, lui, a accroché à son palmarès la percée d’Avranches et la libération de la Bretagne (à l’exception des ports, où les troupes occupantes créent des poches).

Ralentis en septembre sur une ligne allant grossièrement de l’estuaire de l’Escaut à la frontière suisse, les Alliés tentent d’emporter la décision par une opération pensée par Montgomery pour frapper l’un des poumons industrielles de l’Allemagne, la Ruhr. Cette opération échoue.

Le quart nord-est de la France est encore occupée.

De fait, 8 mois de guerre séparent la fin de la bataille de Normandie de la capitulation allemande.

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Le marteau et l’enclume

L’opération Anvil-Dragoon. Un croisement d’enjeux mémoriels intéressant.

Il y a 75 ans, l’opération Anvil-Dragoon ouvre un second front en France. La remontée des alliés par le sillon rhodanien accélère le retrait des troupes allemandes du territoire français. En Normandie, les Alliés, avec notamment l’intervention des troupes françaises et polonaises, sont en train de fermer la poche de Falaise au moment où les armées Patch et De Lattre mettent le pied dans le Midi. Et donc d’emporter la bataille de Normandie.

La période de la mi-août à la mi-septembre est une grosse période de retraite allemande. Le 5 septembre, les britanniques prennent Anvers. Sauf que…

NDLA : Devant la longueur et les digressions que prend cet article, je vais le feuilletonner. À retrouver ces prochains jours :

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Un tour en Morvan

Le site devient ces jours-ci un véritable guide touristique. C’est sûrement dans l’air du temps.
Après un tour dans le Vercors, l’historien William Blanc, dont je vous ai déjà signalé le travail sur les Historiens de Garde et les usages de l’histoire médiévale – son domaine- dans la culture populaire et les usages politiques, a eu la gentillesse de m’adresser une émission de radio qu’il a faite il y a 6 ans sur l’ouvrage d’Yves Boursier, professeur en Anthropologie à l’université de Nice : Armand Simonnot, bûcheron du Morvan : Communisme, Résistance, Maquis.

Une découverte pour moi et une émission de mon point de vue passionnante.

Entre rapports avec l’appareil central du PCF avant, pendant et après la guerre, territoires et populations rurales et expérience maquisarde, sans surprise, le nom de Georges Guingouin revient régulièrement et des comparaisons sont faîtes.

Plutôt que de m’appesantir dans une analyse personnelle pour laquelle je n’ai pas assez de temps immédiatement, je vous invite à aller découvrir cette émission de radio par vous même.

Une émission à écouter en cliquant sur cette image :

Lire directement la présentation de l’émission sur le site pour consulter notamment ses références et sources en cliquant ici.

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Au cœur de l’orage

Grâce à des amis, je viens d’avoir l’occasion de passer quelques jours dans le Vercors. Un voyage en pays de mémoire.

Je prendrais le temps de faire quelques lignes à ce sujet quand j’aurai laissé derrière moi quelques tracas administratifs.

Quelques faits intéressants pour commencer.

  1. C’est avec le plan Montagnard que ce massif entre Drôme et Isère, entre Die et Grenoble, prend son unité géographique. Le nord et le sud sont en effet séparés par des gorges extrêmement encaissées où aujourd’hui encore, par endroits, deux véhicules ne se croisent qu’avec prudence. C’est justement ces accès difficiles qui inspirent à des résistants locaux l’idée d’en faire une citadelle maquisarde et un point d’appui pour des opérations aéroportées. Nord et sud sont également très différents avant guerre par l’activité et le développement. Au nord, notamment, la station de Villard de Lans. Au sud, des villages plus modestes et des terres plus sauvages. Le randonneur s’en régale.
  2. La tragédie du Vercors se joue en un peu plus de deux mois. Les réfugiés s’y retrouvent dès le début de la guerre, comme dans tous les territoires ruraux où l’occupant se montre peu . C’est l’apport de réfractaires au STO devenant forestiers pour l’occasion qui développe les premiers camps en 43. Mais c’est surtout le lancement du mot d’ordre de rejoindre les maquis en juin 1944 qui scelle le drame à venir. De 400 maquisards, ils se retrouvent 4000. Après les 750 morts de juillet (plus 200 civils), et la dispersion, ils ne sont plus que 1200 à participer au sein des unités constituées sur le plateau aux combats de la libération dans la vallée du Rhône.
  3. Vassieux en Vercors, au delà du triste visage d’une commune reconstruite en hâte à la fin des combats, présente 3 sites principaux et complémentaires. La Nécropole nationale, où reposent pèle mêle les maquisards et les civiles assassinés, de 12 ans pour la plus jeune victime à 91 pour la plus âgée. Cette nécropole date de la fin de la guerre. Le Mémorial, qui comme son nom l’indique, se veut lieu de mémoire. C’est l’implantation la plus tardive, 50 ans après les faits, sur les hauteurs surplombant la vallée de Vassieux. Le musée départemental de la résistance de Vassieux, dans le bourg, derrière l’église reconstruite où est célébrée la messe du souvenir le 21 juillet, jour de l’attaque allemande par planeurs sur le village. Construit à l’initiative d’un ancien maquisard dans les années 70, c’est un lieu de mémoire devenu lieu d’histoire. Encore riche de collections d’objets (tracts, affiches, armes et pièces d’uniforme), le musée a très subtilement intégré sa première mouture à sa rénovation autour des années 2000. Ainsi ont été conservée dans le musée les premiers panneaux écrits par Joseph la Picirella, l’initiateur du musée. À la fois recul et respect de son point de vue.

Le reste en vrac. Bonne journée à tout le monde.