Brève « euphorie »

Le marteau et l’enclume 1/3

Si la défense sur les 3 fronts ouest européens (Normandie puis nord de la France, sillon rhodanien et Italie) coûte cher à l’Allemagne, qui fait aussi face, durant l’été 44, à une offensive soviétique en Biélorussie (Opération Bagration de juin à août) , elle a coûté aussi très cher aux Alliés.

Il a fallu plus de deux mois aux Alliés pour sortir de Normandie. Reprendre et rendre opérationnels des nœuds logistiques sur l’axe reliant Cherbourg à Paris, la Nationale 13, coûte très cher en hommes et en matériel.
Les Alliés ont perdu près de 220 000 hommes – dont plus de 40 000 tués – et ont déployé près de 3 millions d’hommes en Normandie. L’ouverture des têtes de pont du 6 juin s’est avérée moins couteuse que les prévisions. En revanche, c’est la résistance allemande dans les jours et les semaines qui suivent qui a été sous-estimée. Pour franchir les lignes allemandes, les alliés n’ont d’autres choix que le recours à des bombardements aériens massifs. Pour percer à Avranches, l’US Air Force anéantit sous un tapis de 60 000 bombes la commune de la Chapelle-en-Juger et la division Panzer Lehr qui s’y trouve en quelques heures, lee matin du 25 juillet 1944.
Les lignes logistiques se rétablissent sur une terre brûlée. Les ports artificiels Mulberry A et B à Omaha et Gold Beach ne peuvent atteindre la capacité de traffic d’un port en dur, comme Cherbourg, le Havre ou Rouen. D’autant qu’une tempête détruit le premier 3 jours seulement après sa mise en service. De fait, les Alliés utilisent d’avantage leurs barges de débarquement en plus des ports secondaires capturés en assez bon état, comme celui de Courseulles-sur-Mer. 16000 tonnes d’approvisionnement passent chaque jour de la mer à la terre dans la tête de pont alliée de Normandie.

L’avancée des armées créant des besoins en ravitaillement pour chaque corps d’armée, les rivalités entre généraux sont exacerbées. Montgomery et Patton, les deux généraux les plus célèbres du front ouest se haïssent. « Monty » a laissé une bonne part de son prestige africain dans la plaine de Caen face, notamment, à la 12e panzerdivision SS. Patton, lui, a accroché à son palmarès la percée d’Avranches et la libération de la Bretagne (à l’exception des ports, où les troupes occupantes créent des poches).

Ralentis en septembre sur une ligne allant grossièrement de l’estuaire de l’Escaut à la frontière suisse, les Alliés tentent d’emporter la décision par une opération pensée par Montgomery pour frapper l’un des poumons industrielles de l’Allemagne, la Ruhr. Cette opération échoue.

Le quart nord-est de la France est encore occupée.

De fait, 8 mois de guerre séparent la fin de la bataille de Normandie de la capitulation allemande.

Et pour soutenir le projet Un passé très présent, c’est toujours ICI. Il y a d’autres façons que j’ai détaillé ici.

Le marteau et l’enclume

L’opération Anvil-Dragoon. Un croisement d’enjeux mémoriels intéressant.

Il y a 75 ans, l’opération Anvil-Dragoon ouvre un second front en France. La remontée des alliés par le sillon rhodanien accélère le retrait des troupes allemandes du territoire français. En Normandie, les Alliés, avec notamment l’intervention des troupes françaises et polonaises, sont en train de fermer la poche de Falaise au moment où les armées Patch et De Lattre mettent le pied dans le Midi. Et donc d’emporter la bataille de Normandie.

La période de la mi-août à la mi-septembre est une grosse période de retraite allemande. Le 5 septembre, les britanniques prennent Anvers. Sauf que…

NDLA : Devant la longueur et les digressions que prend cet article, je vais le feuilletonner. À retrouver ces prochains jours :

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Mur, as-tu des oreilles ?

Je vous montrais l’autre jour une photo de ce que pourrait être l’ambiance d’intro du film.
Place aujourd’hui à la musique.

Ce projet est teinté de jazz.

C’est donc avec Méfions nous d’Epicure de mes amis de MOOP (à écouter ici) que je vais commencer mon film.

Parce que l’album Chronique de Résistances des Editions NATO est un des axes de mon travail.

Les mots de Gatti sur la musique d’Hymas.

Parce que le jazz, c’est la musique des années 30-50. Arrivée avec le corps expéditionnaire Pershing en 1918, cette musique se diffuse en Europe au cours des années 20-30. Et qu’aujourd’hui on en joue encore avec talents : le catalogue de NATO ou mes amis du groupe MOOP en sont la preuve.

Parce que Vichy censurait le jazz, musique « décadente ». Et dans une certaine mesure, avoir été interdit par Vichy est un critère de désirabilité.

Et puis, pour citer Churchill, à qui on proposait de réduire les budgets dédiés aux arts pour les dédier à l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

Affiche de 1940

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Bas les masques

Note de rédaction avant lecture : Qu’il soit bien clair ici que si je parle d’un certain nombre de gens adeptes de pratiques comme, entre autres, le végétarisme, le végétalisme, le crudivorisme, l’agriculture biologique, la permaculture ou un certain nombre d’activités dîtes « nature », je n’ai en aucun cas le souhait de jeter l’opprobre sur l’ensemble de ces activités. Mais il faut juste être conscient que certaines de ces pratiques sont récupérées par des personnes qui ne pratiquent pas l’humanisme et le progressisme.

Pour mon plus grand déplaisir, j’ai du aller aujourd’hui sur le site Égalité et Réconciliation, vérifier des liens que je supposais avec un de ces gourous qui trainent sur les internets. Ce qu’on ne ferait pas, parfois, pour aider des amis.

Je connaissais déjà les liens entre certaines personnes se réclamant de l’agro-écologie ou de la santé non-médicale par une vie saine et l’extrême-droite. S’y rencontrent pêle-mêle un conservatisme souvent teinté de mysticisme et, ce qui est somme toute cohérent, un rejet farouche du rationnel et des sciences. Tout en se réclamant souvent de formations scientifiques et de diplômes pour qualifier ses élucubrations. Il n’y a parfois plus qu’un pas à franchir entre une approche critique et vigilante de l’information scientifique et technique et une lecture réactionnaire.

Une des tactiques employées consiste à prêter des actes, des comportements ou des propos à la catégorie attaquée.

Les médecins, par exemple.

Les psychiatres (Thierry Casasnovas propose dans une vidéo sur sa chaîne d’ « en finir avec la psychiatrie ») accusés de traiter le psychisme sans tenir compte de la santé du corps et de nous assommer de cachets pour nous rendre dociles, parce que de toute façon, c’est bien connu, c’est pour vendre les pilules de Big Pharma et soumettre « Le Peuple ». L’OMS, qui dirait que la vaccination n’a rien fait contre la variole, puisqu’il s’agit bien entendu de nous soumettre à coups de vaccins. Une lecture détaillée des rapports de l’OMS qui tiendraient de telles affirmations met en évidence que les gens repérées dans les études comme étant tombés malades… n’étaient pas vaccinés.
On pourrait noircir des pages et des pages de ces malhonnêtetés intellectuelles.

Confusion idéologique

L’observation attentive permet de déceler des proximités méthodologiques avec les classiques de l’extrême droite.

Un air de douter, de tout remettre en cause parce qu’on n’est pas dupe des mensonges, de connaître la vérité qu’on voudrait nous cacher et, régulièrement, un mot savant pour se donner de la distinction et signifier à l’auditoire une autorité intellectuelle, sans avoir l’air d’y toucher, du sachant sur le non-sachant. Le problème étant que les spécialistes du domaine concerné savent généralement que le mot emprunté ne veut pas dire ce que la personne qui l’emploie veut lui faire dire.
L’astuce, c’est que pour vérifier ça, il faut être pointu sur le sujet, ou aller chercher des informations dans des publications rares, réservées à un public averti. En apercevant certaines affirmations médicales, par exemple, faute d’avoir les connaissances, je ne peux pas faire de vérifications en première main. Je ne peux que m’appuyer sur des sources dont je me suis assuré un certain niveau de fiabilité qui me mettent en évidence des termes mal employés ou des affirmations fausses ou imprécises.
Vous me voyez peut-être venir.

Observez de tous temps les publications ou discours antisémites. Vous trouverez toujours des affirmations historiques à dormir debout, des prétentions « scientifiques » incontestablement contestables.
Là encore, une vérification des faits est parfois complexe, quand il faut aller vérifier l’authenticité d’un document d’archive ou le propos d’un témoin mal connu. La littérature antisémite, par exemple, se nourrit, encore de nos jours, d’un faux démontré : le Protocole des Sages de Sion, cité dans Mein Kampf, censé avoir fuité d’un complot judéo-maçonnique pour contrôler le monde, qui a en fait été écrit de toutes pièces au début du XXe siècle et publié par des nationalistes russes avant d’inonder les milieux antisémites occidentaux (Tiens, déjà ?).

Pour autant, la plupart des gens qui se réclament de pratiques bios ou écolos ne se réclament pas dans le même temps de tendances droitières ou fascisantes. D’abord bien sûr parce que la majorité n’en relève pas forcément. Ensuite parce que pour beaucoup, ce n’est pas leur sujet.
Les liens avec l’extrême droite ne se laissent pas voir comme ça. Il ne s’agit pas de pister comme les premiers complotistes venus qu’un jour untel a croisé untel qui a parlé à un troisième larron qui est le neveu du beau-frère de la cousine du quatrième qui est copain avec un cinquième type qui fait des saluts nazis. Mais, comme je le disais en introduction, le charlatan pseudo naturopathe (Thierry Casasnovas) qui m’intéressait était bel et bien relayé comme un partenaire sur le site Égalité et Réconciliation. L’individu apparaît notamment aux côtés de Dieudonné.

Trust

Or il ne s’agit pas là d’avoir été relayé par l’extrême droite contre son gré. Sur les internets, il n’est pas étonnant de se voir cité à droite à gauche, même et surtout si c’est pour se faire dire le contraire de ce qui a été dit.
Il s’agit bien là de gens, comme c’est le cas d’Étienne Chouard, qui acceptent parfaitement le partenariat avec Alain Soral.

“Pour moi, Alain Soral est à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges. C’est un résistant.”

Étienne Chouard, 2014.

Il y a donc un partenariat pour le moins économique derrière cela. Car derrière le projet politique affiché, avec pour dénominateur politique commun la « lutte » contre « le système », il y a une réalité économique.
Pour Soral, c’est une maison d’édition, Kontre Kulture. Pour Dieudonné, la production de ses spectacles. Pour ces pseudo naturopathes, la vente de marchandises diverses : extracteurs de jus, bouteilles d’eau de mer, etc.
Eau de mer à boire…
Miam.
Les marins qui ont déjà bu la tasse contre leur gré apprécieront.

Ces individus louvoient dans une certaine clandestinité.
D’abord parce que pour certains, ils se mettent franchement sous le coup de la loi. Soral ou Dieudonné ont fait déjà l’objet de condamnation pour provocation à la haine. Les « naturopathes » de Youtube publient souvent un encart pour dégager leur responsabilité : on suit leurs conseils santé à ses risques et périls, eux ne font qu’utiliser leur liberté d’expression. Et il est vrai qu’on a le droit, dans une certaine mesure, de raconter n’importe quoi.
Ensuite, parce que se réclamer d’une certaine clandestinité devient un argument marketing. Les spectateurs de Dieudonné reçoivent par sms au dernier moment le lieu du spectacle, lieu qui a été obtenu en utilisant des prête-noms. La tactique a également été utilisée pour des tentatives d’implantations de locaux d’extrême droite, Bastion Social ou DNR (Division Nationaliste Révolutionnaire) où les propriétaires louant les lieux ont souvent fait savoir qu’ils avaient été trompés sur le bail.

Pour en revenir à Égalité et Réconciliation, un tour sur le portail et les partenaires est assez significatif :

Le groupe E&R, c’est bien un réseau, des succursales et de la vente en ligne. Voir les « bonnes adresses » : Kontre Kulture, la fameuse maison d’édition de Soral, Au Bon Sens (ben voyons) qui vend des produits bio, des ustensiles de cuisine et de l’électroménager. Et puis cet organisateur de stages nature.

Derrière ce nom, des stages divers autour de l’agriculture bio et de la vie-survie en pleine nature.

Aucun doute à avoir sur le partenariat économique : un coup d’œil sur les conditions générales de vente sur les trois sites nous renvoie à la même adresse : Culture pour Tous SARL. C’est à dire Alain Soral.

Pour aller plus en détail dans ce sujet, lire l’enquête de Street Press de 2015.

Et donc, pour une entreprise politique et commerciale, ces gens jouent dans la confusion des genres et des styles.

Les frontières infranchissables

Que la Résistance ait été un phénomène a multiples facettes, c’est un fait. Que certains de ses acteurs n’aient pas été fondamentalement mus par une révolte contre l’antisémitisme des régimes hitlériens et pétainistes est un fait.
Il est également vrai que prendre le maquis n’est pas qu’une expression limitée au seul cadre des maquis de la Libération. En 1945, une tentative de parachutage et d’implantation de miliciens pour mener une action « maquisarde » contre les Alliés fût tentée. Ce fût le cas notamment sur la Haute Corrèze, sur les hauteurs au dessus de Tulle. L’opération fût un fiasco. Il est vrai aussi que le clandestin, en Corse, prend le maquis pour se cacher.
Mais enfin, avec toute la bonne volonté du monde, comment ne pas voir dans cette expression et ce logo (une silhouette de jeune homme portant un bêret (qui pourrait, ceci dit, aussi bien être un milicien…) la tentative de raccrocher cette marque commerciale à l’imaginaire des jeunes hommes qui prirent le maquis en 1943-1944.
Or s’ils se sont battus, c’est notamment contre un régime qui véhiculait les mêmes idées qu’Alain Soral.

Comme me le disait un ami avec qui j’ai souvent le plaisir de parler de ce sujet et avec qui nous évoquions l’épuration :

Chacune des victimes des deux camps est morte pour « quelque chose ». C’est ce quelque chose, la liberté et la collaboration, qu’il faut questionner, et là, « y a pas photo ».

Roman national ? Histoire officielle ?

Je manque de temps aujourd’hui pour approfondir un sujet qui mériterait une profonde réflexion.

Je viens de recevoir le dernier exemplaire de Manière de Voir, le magazine bimestriel du Monde Diplomatique d’août-septembre 2019.

Celui-ci a pour titre Aux Armes Historiens, le roman national en débat.

Je manque de temps pour en faire une lecture critique, mais je souhaitais signaler, par rapport à cette thématique, quelques références qui me semblent utile.

Histony

Ce docteur en Histoire, spécialistes des transatlantiques d’avant-guerre, développe un travail de vulgarisation scientifique de l’Histoire assez important depuis quelques années grâce aux ressources des internets.

Histony c’est une page : https://venividisensivvs.wordpress.com/

C’est aussi une chaine Youtube sur laquelle il aborde nombre de sujets historiques, appuyé sur une expérience de chargé de cours à la Faculté. Il vient de consacrer une longue série de vidéo conférences à la Révolution Française, comme il a déjà consacré des conférences à d’autres moments historiques (1848, l’affaire Boulanger, etc.).

Également, à suivre avec intérêt, une série de vidéos de réflexion sur des usages actuels de l’Histoire.

J’ai envisagé un entretien de réflexion sur l’Histoire et ses usages que je ferai quand lui et moi en auront le temps.

Les Historiens de garde

Vous êtes lassé de voir Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorànt Deutsch raconter des histoires à dormir debout sur le service public ?

Lisez plutôt l’analyse qu’en ont fait Aurore Chéry, Christophe Naudin et William Blanc dans leur livre les Historiens de Garde paru en 2016 aux Éditions Libertalia.

L’Histoire, pour quoi faire ?

Serge Gruzinsky, historien, pose cette question fondamentale chez Fayard en 2015.

(Soutenez plutôt Libertalia que Fayard, mais on ne va pas se priver d’un bon bouquin.)

Marc Bloch

Au mémorial de la prison de Montluc, la fiche de Marc Bloch dans la cellule même où il a été détenu.

Ça date, mais foncez. Ne serait-ce que parce que Marc Bloch, non content d’être un brillant historien, rejoint la Résistance après avoir écrit une analyse passionnante de la défaite, introduit par un de ses étudiants, et le paie de sa vie.
S’il n’y avait qu’un seul livre : l’Étrange Défaite. À peine revenu du front, l’historien, vétéran des deux guerres, se livre à une analyse des causes de la défaite de juin 1940. Cela vous surprendra peut-être, mais il n’arrive pas aux mêmes conclusions que le régime de Vichy.

Paul Ricœur

La mémoire, l’Histoire, l’Oubli est un des derniers ouvrages du philosophe. Fait amusant, son assistant pour la rédaction de ce travail est un certain Emmanuel Macron.

Un lien doit bien exister, même ténu, entre ce travail commun et la politique mémorielle de l’actuel locataire de l’Élysée. Mais je n’ai pas le temps de creuser sérieusement.

Et pour finir…

Il y a un éditorial vidéo sur le thème : pourquoi faire de l’Histoire ? par Christophe Barbier.
Mais là… Je vous laisse juge.

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Fly me to the moon.

Alors que nous fêtons aujourd’hui le cinquantenaire des premiers pas d’Armstrong et Aldrin sur la lune, on pourrait écouter Sinatra voyageant dans les astres, avec Pierrot, Méliès, Verne ou Cyrano…
Mais ça n’aurait pas beaucoup de rapport avec notre sujet.

En revanche, il est bon de se souvenir que la conquête spatiale ne débute pas avec le discours historique de Kennedy le 12 septembre 1962 pour l’ouverture du Centre Spatial de Houston, ni avec le franchissement du mur du son en 1957 ou le programme Mercury débuté en 1958, immortalisés en 1979 par le roman de Tom Wolfe et dans le film de Kaufman (1983) : l’Étoffe des Héros (The Right Stuff).

L’histoire de la conquête spatiale commence plus de 25 ans plus tôt.

Des vies et des carrières.

D’abord parce que la génération d’hommes et de femmes qui se lancent à la conquête de l’Espace et de la Lune dans les années 50-60 est majoritairement née au plus tard dans les années 20.

Note : Si les astronautes sont recrutés parmi les pilotes d’essai, uniquement masculins, des femmes participent aux travaux d’ingénierie, de conception et d’assistance aux vols. Le poids politique des élus des états sudistes dans le vote des budgets de la NASA empêche par contre la sélection des quelques pilotes noirs répondant aux critères de sélection des astronautes.

C’est une génération qui a connu la guerre.

Virgil Grisom, le deuxième astronaute de la mission Mercury, achève les études lui permettant de postuler grâce au GI Bill, cette bourse décidée par le congrès pour permettre aux anciens combattants démobilisés de créer une entreprise ou de suivre des études. Et ainsi d’éviter à ces anciens combattants de se laisser tenter par des options fascisantes, comme les anciens combattants allemands en 1918-1919.

Alan Shepard, qui l’a précédé, a combattu dans le Pacifique.

Chuck Yeager, qui franchit le premier le mur du son en 1947, a été abattu dans son P51 Mustang au dessus de la Gironde et exfiltré par la résistance au printemps 1944. Il reste pilote d’essai mais ne rejoint pas les programmes spatiaux.

Si Youri Gagarine, qui les précèdent dans l’espace (12 avril 1961), est trop jeune pour avoir été combattant (7 ans en 1941), sa ville natale, rebaptisée Gagarine après son exploit, dans la région de Smolensk, est occupée dès les premières semaines de l’opération Barbarossa. Son frère et sa sœur sont déportés. Son enfance est marquée par la dureté et la violence de l’occupation.

Les astronautes d’Apollo sont en partie d’une génération suivante. Né en 1930, Neil Armstrong combat en Corée en 1951, comme son camarade Jim Lovell, commandant de la mission Apollo 13.

Pas sans technologie

Ensuite, parce que la conquête spatiale est avant tout une conquête technologique. Même soumis à un rude entrainement, l’organisme des pilotes ne peut s’appuyer sur ses seuls ressources pour supporter les effets d’accélération, de gravitation ou d’apesanteur nécessaire à la mise en orbite de leur appareil. Les avions à hélice des années 1940, même au plus haut niveau de performance, ne peuvent franchir un certain plafond de vitesse et d’altitude.
Or les ingénieurs de l’Allemagne nazie ont pris une avance considérable dans le domaine aéronautique. L’aviation à réaction est envisagée dès les premières machines volantes, mais en 1939, seule l’Allemagne nazie dispose d’un modèle opérationnel. Les Arado Ar 234, Messerschmidt Me262 et Heinkel He 162 précèdent les modèles alliés qui ne deviennent réellement opérationnels que dans les tous derniers mois de la guerre.
De manière générale et schématique, donc un peu grossière, l’Allemagne, coincée sur ses deux fronts et bombardée massivement depuis 1943, doit miser sur le qualitatif dans sa production d’armement quand les complexes de production militaire alliés misent sur la production de masse. A titre d’exemple, la jeep, les camions GMC CCKW (800 000 construits de 1941 à 1945), les cargos Liberty Ships construits en 3 semaines, les bombardiers B17 ou les avions cargos C47 qui assurent les parachutages, sans parler de la mitraillette STEN déclinée en multiples modèles, parachutée en masse aux FFI et qui tue aussi beaucoup de ses utilisateurs par accident – 4 millions d’exemplaires produits au cours de la guerre contre 1,2 million de MP38/MP40 allemandes, le modèle équivalent. Sur le front de l’Est, la donne est la même. Les armées allemandes souffrant de pénuries, utilisent un peu partout du matériel de prise, adapté et amélioré. Et c’est souvent le manque de pièces de rechange qui met les chars allemands hors de combat. En juillet 1943, lors de l’offensive allemande sur Koursk, l’Armée Rouge perd 6 fois plus d’hommes et 5 fois plus de chars que les armées allemandes. Mais la victoire est bien soviétique. L’Allemagne finit 1943 quasiment sans réserve, engagée sur des milliers de kilomètres à l’Est, chassée d’Afrique du Nord et engagée dans le sud de l’Europe. Condamnée à faire mieux avec moins, elle poursuit d’énormes efforts en recherche et développement.
Les alliés ne délaissent pas cette guerre technologique. Le développement de l’informatique par l’équipe d’Alan Turing pour casser le codage allemand (la Banque d’Angleterre vient d’ailleurs d’annoncer qu’elle dédierait à ce mathématicien génial condamné pour son homosexualité son nouveau billet de 50£) ou la bataille de l’eau lourde menée en Norvège pour mettre en échec la recherche atomique allemande montrent bien que le but des Alliés n’est pas seulement d’écraser l’Allemagne sous le nombre.

Gros cerveaux et mains sales


Mais l’Allemagne a mis toute sa capacité scientifique disponible, non sans avoir fait fuir ses intellectuels juifs ou pas assez nazi-compatibles (Einstein, juif et pacifiste, répond à l’invitation de l’Institut d’Études Avancées de Princeton en 1933 avant d’écrire à Roosevelt, avec plusieurs chercheurs exilés comme lui pour le mettre en garde contre les travaux allemands sur la bombe atomique.)
Dès le printemps 1944, ces ingénieurs haut-placés (Von Braun est SS Obersturmfuhrer/Lieutenant-Colonel) savent que la défaite du IIIe Reich est inéluctable. En mars 1944, Von Braun, qui a rencontré trois fois Hitler, qui l’a chargé de changer le cours de la guerre avec ses V2, est arrêté par la Gestapo. Il sait que ses V2 ne vaincront pas les alliés, trop imprécises et pas assez puissantes et partage ce point de vue aux équipes qu’il dirige. De plus, il cherche à ses fusées quelques usages civiles.
Dornberger et Speer, du ministère de l’armement, obtiennent sa libération en deux semaines, mais il se sait en disgrâce. Par ailleurs, la défaite approchant, il convient de se trouver un point de chute.
Lui-même gradé de la SS, il a été élevé dans une famille farouchement anticommuniste. Son père Magnus participe comme ministre de l’Agriculture des deux derniers gouvernements de la république de Weimar. Nationaliste et antisémite, il est très favorable au régime nazi.

Hors de question pour Von Braun d’être pris par les soviétiques. En avril 1945, il se cache dans les alpes bavaroise où il se rend avec une partie de son équipe à l’armée américaine. C’est une des prises les plus significative de l’opération Paperclip.
Dès 1942, les États-Unis ont prévu un internement spécial en Virginie pour les officiers, techniciens et prisonniers allemands disposant d’informations sur le complexe militaro-industriel allemand. Pour 3200 prisonniers en tout, plus de 600 interrogateurs. Avec la capitulation de l’Allemagne et la fin de l’entente entre les alliés soviétiques et occidentaux, ces prisonniers sont recrutés par le département de la Défense. En 1946, un premier cliché de la terre depuis la haute atmosphère est pris à bord d’une fusée V2. Quelques mois auparavant, ces engins servaient à frapper aveuglément les villes d’Europe de l’Ouest, ce que les londoniens appellent le Baby Blitz, version de moindre ampleur du Blitz de l’automne 1940.

Pour récupérer les techniciens et les technologies, il faut pour le département de la Défense américain se boucher le nez. Non seulement ces hauts techniciens sont des cadres du nazisme, mais les technologies développées et récupérées n’ont que peu d’aspect philanthropiques. Les fusées allemandes V1 et V2 sont développées pour compenser l’incapacité du complexe militaro-industriel allemand à produire désormais des bombardiers capables de riposter aux campagnes de bombardement alliées sur les centres industriels allemands.

Depuis Guernica, au Pays Basque en 1937, les armées allemandes n’ont plus aucun scrupule à bombarder des civils. V1 et V2 n’ont aucun système de visée. Elles ne peuvent que s’écraser sur une zone définie au départ avec une marge d’erreur pour les V1 d’une douzaine de kilomètres.

C’est en effectuant des missions de renseignements en vue de lutter contre les rampes de lancement de ces fusées qu’un autre brillant scientifique tombe entre les mains de l’Abwher, le renseignement militaire allemand. Jean Cavaillès est torturé, condamné à mort et fusillé à Arras en avril 1944.

Jean Cavaillès

La production de ces fusées est aussi inhumaine que leur usage.
La production des V2 est d’abord imaginée dans le complexe de recherche où travaille Von Braun, Pennemünde, petit port sur la Baltique. Mais celui-ci est bombardé. Les SS trouvent alors un ancien site d’extraction du gypse pour établir son usine, en plein cœur de l’Allemagne, à Nordhausen.
Les tunnels offrent la protection contre les bombardements dont les nazis ont besoin. Mais surtout, c’est le camp de concentration voisin de Dora, dépendance de Buchenwald, qui fournit la main-d’œuvre. De l’ouverture du camp mi-1943 à sa libération, 60 000 prisonniers y sont détenus. Beaucoup de ces détenus sont déportés pour résistance. Leurs tentatives de sabotage sont durement réprimées. Des pendaisons ont lieu devant eux à titre d’exemple. A la libération du camp, plus du tiers des détenus est mort.

Le résistant Robert Carrière, rescapé du camp, dit en 2013 sur France Inter : « C’est là que la conquête spatiale a commencé. »

Par ailleurs, l’usage de technologie permettant d’arracher des charges de plusieurs tonnes à l’attraction terrestre nécessite également, pour la conquête des airs, une connaissance des effets sur le corps humain. Soumis à l’accélération, la vascularisation du corps ne peut plus se faire normalement. Le cerveau est moins irrigué, la vue se brouille, des évanouissements peuvent se produire. Les pilotes appellent cela le voile noir. Ce phénomène, couplé à la raréfaction de l’oxygène et la basse pression de la haute altitude entraine des accidents. Plusieurs candidats au mur du son, le fameux Mach 1, meurent parce que les contraintes provoquent des défaillances de leur appareil ou de leur organisme.

Là encore, les scientifiques nazies utilisent les déportés. Parmi les multiples expériences sur les corps humains, au delà de certaines lubies qui sont autant de crimes contre l’humanité (stérilisations, recherches de la « race aryenne », etc.) il y a des commandes au services de l’industrie de guerre allemande. Maladies et plaies sont volontairement infligées à des cobayes humains pour tester des antibiotiques ou chercher la solution aux maladies qui déciment les armées en campagne. Dans le cas qui nous intéresse, la Luftwaffe, soucieuse de tester les effets des vols en altitude, fait mourir plus de deux cents personnes dans des tests d’immersion en eaux glacées ou de dépressurisations.

Des expériences sur les psychotropes sont également menées et récupérées par la suite par les services de renseignement. Comme sont récupérés et exfiltrés des agents de renseignement comme Klaus Barbie.
A ce jeu, nul n’a les mains propres. Les renseignements français « débriefferont » Paul Touvier, chef de la Milice de Lyon et le laisseront partir comme indicateur. La SNECMA, Société nationale d’étude et de construction de moteurs d’aviation, anciennement SMA Gnome et Rhone, aujourd’hui Safran, débauche les ingénieurs de Junker, dont Hermann Östrich, mort à Paris en 1973, naturalisé et porteur de la Légion d’Honneur, pour développer les turboréacteurs de l’aviation française, après que ceux-ci aient donné aux britanniques accès à leurs plans. Östrich, enlevé en Allemagne avec son accord et ses équipes pour travailler en zone d’occupation française, a tout de même supervisé la construction et l’exploitation de l’usine souterraine de Stassfurt, Kommando de Buchenwald, un petit Dora.

L’Union Soviétique se sert également de ces technologies et connaissances. L’armée rouge fait des prises de machines et de plans. Elle parvient aussi à récupérer de ses prisonniers des connaissances. Le département 7 du NKGB, (ex-NKVD, futur KGB) est fondé par Staline à cet effet. Il suit immédiatement la ligne de front pour capturer, préserver et transférer les technologies et les techniciens. L’Union Soviétique emploie ensuite les savants se trouvant dans sa zone d’occupation, future RDA.

L’expression populaire dirait peut-être que récupérer les talents du vaincu est « de bonne guerre ». Ce serait supposer qu’il y en ait une bonne.

Surtout, ce serait faire abstraction du fait que le « bond de géant pour l’humanité » de 1969 s’est fait aussi en fermant les yeux sur beaucoup de petits pas de l’homme dans l’inhumanité.

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« Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »

Mon voyage à Lyon m’a inspiré.

Une pensée en a entraîné une autre.

Car j’ai pensé qu’en « descendant » à Lyon, j’avais passé la ligne de démarcation, qui coupait à travers la Bourgogne, le nord du Massif Central avant de piquer vers le sud de Tours à travers l’Aquitaine jusqu’à la frontière espagnole.

Bien sur, on se souvient du passage de la ligne de la Grande Vadrouille à Meursault, en Saône-et-Loire, entre Beaune et Mâcon.

Mais ce qui vient de me revenir en tête, c’est le premier roman noir français, naissance sous la plume de Léo Malet du détective privé Nestor Burma : 120 rue de la gare.

En 1942, Malet se projette dans son personnage, ancien anarchiste, désabusé mais moralement droit, qui se plonge dans la France occupée à la poursuite d’une énigme. Au Stalag où il est prisonnier, un amnésique agonisant lui livre une étrange dernière phrase : « Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »
Le roman paraît en 1943. Burma y mène l’enquête de Lyon à Paris. Libéré dans la zone sud pas encore occupée, le détective y retrouve tout la société rapatriée en zone sud : journaux, cabinets d’avocats et même son ancien employé, Bob Colomer, qui est abattu sur le quai de la gare en ayant juste le temps de lui dire : « Patron, 120, rue de la gare. »

120 rue de la gare, c’est une immersion dans la France occupée (par Vichy ou par l’Allemagne), ses restrictions, ses combines, ses débrouilles, avec une intrigue qui nous mène au cœur de la débâcle.

Jacques Tardi en a livré une adaptation brillante, ainsi que la suite des aventures de Burma.
Un regret : Léo Malet, militant libertaire, qui a vendu l’Insurgé à la criée à Montpellier et vécu dans le foyer végétalien du 13e arrondissement (qu’il raconte dans Brouillard au pont de Tolbiac), Malet qui est arrêté d’abord par la France pour la diffusion d’un tract pacifiste avant d’être pris par les Allemands dans la débacle et enfermé dans un Stalag, Malet qui brosse dans Brouillard au pont de Tolbiac un portrait acide des anarchistes qui virent de bord pour devenir bandits puis bourgeois respectables livre à la presse à la fin de sa vie des interviews au propos xénophobe.

La vieillesse est un naufrage…

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