Mur, as-tu des oreilles ?

Je vous montrais l’autre jour une photo de ce que pourrait être l’ambiance d’intro du film.
Place aujourd’hui à la musique.

Ce projet est teinté de jazz.

C’est donc avec Méfions nous d’Epicure de mes amis de MOOP (à écouter ici) que je vais commencer mon film.

Parce que l’album Chronique de Résistances des Editions NATO est un des axes de mon travail.

Les mots de Gatti sur la musique d’Hymas.

Parce que le jazz, c’est la musique des années 30-50. Arrivée avec le corps expéditionnaire Pershing en 1918, cette musique se diffuse en Europe au cours des années 20-30. Et qu’aujourd’hui on en joue encore avec talents : le catalogue de NATO ou mes amis du groupe MOOP en sont la preuve.

Parce que Vichy censurait le jazz, musique « décadente ». Et dans une certaine mesure, avoir été interdit par Vichy est un critère de désirabilité.

Et puis, pour citer Churchill, à qui on proposait de réduire les budgets dédiés aux arts pour les dédier à l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

Affiche de 1940

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Bas les masques

Note de rédaction avant lecture : Qu’il soit bien clair ici que si je parle d’un certain nombre de gens adeptes de pratiques comme, entre autres, le végétarisme, le végétalisme, le crudivorisme, l’agriculture biologique, la permaculture ou un certain nombre d’activités dîtes « nature », je n’ai en aucun cas le souhait de jeter l’opprobre sur l’ensemble de ces activités. Mais il faut juste être conscient que certaines de ces pratiques sont récupérées par des personnes qui ne pratiquent pas l’humanisme et le progressisme.

Pour mon plus grand déplaisir, j’ai du aller aujourd’hui sur le site Égalité et Réconciliation, vérifier des liens que je supposais avec un de ces gourous qui trainent sur les internets. Ce qu’on ne ferait pas, parfois, pour aider des amis.

Je connaissais déjà les liens entre certaines personnes se réclamant de l’agro-écologie ou de la santé non-médicale par une vie saine et l’extrême-droite. S’y rencontrent pêle-mêle un conservatisme souvent teinté de mysticisme et, ce qui est somme toute cohérent, un rejet farouche du rationnel et des sciences. Tout en se réclamant souvent de formations scientifiques et de diplômes pour qualifier ses élucubrations. Il n’y a parfois plus qu’un pas à franchir entre une approche critique et vigilante de l’information scientifique et technique et une lecture réactionnaire.

Une des tactiques employées consiste à prêter des actes, des comportements ou des propos à la catégorie attaquée.

Les médecins, par exemple.

Les psychiatres (Thierry Casasnovas propose dans une vidéo sur sa chaîne d’ « en finir avec la psychiatrie ») accusés de traiter le psychisme sans tenir compte de la santé du corps et de nous assommer de cachets pour nous rendre dociles, parce que de toute façon, c’est bien connu, c’est pour vendre les pilules de Big Pharma et soumettre « Le Peuple ». L’OMS, qui dirait que la vaccination n’a rien fait contre la variole, puisqu’il s’agit bien entendu de nous soumettre à coups de vaccins. Une lecture détaillée des rapports de l’OMS qui tiendraient de telles affirmations met en évidence que les gens repérées dans les études comme étant tombés malades… n’étaient pas vaccinés.
On pourrait noircir des pages et des pages de ces malhonnêtetés intellectuelles.

Confusion idéologique

L’observation attentive permet de déceler des proximités méthodologiques avec les classiques de l’extrême droite.

Un air de douter, de tout remettre en cause parce qu’on n’est pas dupe des mensonges, de connaître la vérité qu’on voudrait nous cacher et, régulièrement, un mot savant pour se donner de la distinction et signifier à l’auditoire une autorité intellectuelle, sans avoir l’air d’y toucher, du sachant sur le non-sachant. Le problème étant que les spécialistes du domaine concerné savent généralement que le mot emprunté ne veut pas dire ce que la personne qui l’emploie veut lui faire dire.
L’astuce, c’est que pour vérifier ça, il faut être pointu sur le sujet, ou aller chercher des informations dans des publications rares, réservées à un public averti. En apercevant certaines affirmations médicales, par exemple, faute d’avoir les connaissances, je ne peux pas faire de vérifications en première main. Je ne peux que m’appuyer sur des sources dont je me suis assuré un certain niveau de fiabilité qui me mettent en évidence des termes mal employés ou des affirmations fausses ou imprécises.
Vous me voyez peut-être venir.

Observez de tous temps les publications ou discours antisémites. Vous trouverez toujours des affirmations historiques à dormir debout, des prétentions « scientifiques » incontestablement contestables.
Là encore, une vérification des faits est parfois complexe, quand il faut aller vérifier l’authenticité d’un document d’archive ou le propos d’un témoin mal connu. La littérature antisémite, par exemple, se nourrit, encore de nos jours, d’un faux démontré : le Protocole des Sages de Sion, cité dans Mein Kampf, censé avoir fuité d’un complot judéo-maçonnique pour contrôler le monde, qui a en fait été écrit de toutes pièces au début du XXe siècle et publié par des nationalistes russes avant d’inonder les milieux antisémites occidentaux (Tiens, déjà ?).

Pour autant, la plupart des gens qui se réclament de pratiques bios ou écolos ne se réclament pas dans le même temps de tendances droitières ou fascisantes. D’abord bien sûr parce que la majorité n’en relève pas forcément. Ensuite parce que pour beaucoup, ce n’est pas leur sujet.
Les liens avec l’extrême droite ne se laissent pas voir comme ça. Il ne s’agit pas de pister comme les premiers complotistes venus qu’un jour untel a croisé untel qui a parlé à un troisième larron qui est le neveu du beau-frère de la cousine du quatrième qui est copain avec un cinquième type qui fait des saluts nazis. Mais, comme je le disais en introduction, le charlatan pseudo naturopathe (Thierry Casasnovas) qui m’intéressait était bel et bien relayé comme un partenaire sur le site Égalité et Réconciliation. L’individu apparaît notamment aux côtés de Dieudonné.

Trust

Or il ne s’agit pas là d’avoir été relayé par l’extrême droite contre son gré. Sur les internets, il n’est pas étonnant de se voir cité à droite à gauche, même et surtout si c’est pour se faire dire le contraire de ce qui a été dit.
Il s’agit bien là de gens, comme c’est le cas d’Étienne Chouard, qui acceptent parfaitement le partenariat avec Alain Soral.

“Pour moi, Alain Soral est à gauche parce qu’il se bat contre les privilèges. C’est un résistant.”

Étienne Chouard, 2014.

Il y a donc un partenariat pour le moins économique derrière cela. Car derrière le projet politique affiché, avec pour dénominateur politique commun la « lutte » contre « le système », il y a une réalité économique.
Pour Soral, c’est une maison d’édition, Kontre Kulture. Pour Dieudonné, la production de ses spectacles. Pour ces pseudo naturopathes, la vente de marchandises diverses : extracteurs de jus, bouteilles d’eau de mer, etc.
Eau de mer à boire…
Miam.
Les marins qui ont déjà bu la tasse contre leur gré apprécieront.

Ces individus louvoient dans une certaine clandestinité.
D’abord parce que pour certains, ils se mettent franchement sous le coup de la loi. Soral ou Dieudonné ont fait déjà l’objet de condamnation pour provocation à la haine. Les « naturopathes » de Youtube publient souvent un encart pour dégager leur responsabilité : on suit leurs conseils santé à ses risques et périls, eux ne font qu’utiliser leur liberté d’expression. Et il est vrai qu’on a le droit, dans une certaine mesure, de raconter n’importe quoi.
Ensuite, parce que se réclamer d’une certaine clandestinité devient un argument marketing. Les spectateurs de Dieudonné reçoivent par sms au dernier moment le lieu du spectacle, lieu qui a été obtenu en utilisant des prête-noms. La tactique a également été utilisée pour des tentatives d’implantations de locaux d’extrême droite, Bastion Social ou DNR (Division Nationaliste Révolutionnaire) où les propriétaires louant les lieux ont souvent fait savoir qu’ils avaient été trompés sur le bail.

Pour en revenir à Égalité et Réconciliation, un tour sur le portail et les partenaires est assez significatif :

Le groupe E&R, c’est bien un réseau, des succursales et de la vente en ligne. Voir les « bonnes adresses » : Kontre Kulture, la fameuse maison d’édition de Soral, Au Bon Sens (ben voyons) qui vend des produits bio, des ustensiles de cuisine et de l’électroménager. Et puis cet organisateur de stages nature.

Derrière ce nom, des stages divers autour de l’agriculture bio et de la vie-survie en pleine nature.

Aucun doute à avoir sur le partenariat économique : un coup d’œil sur les conditions générales de vente sur les trois sites nous renvoie à la même adresse : Culture pour Tous SARL. C’est à dire Alain Soral.

Pour aller plus en détail dans ce sujet, lire l’enquête de Street Press de 2015.

Et donc, pour une entreprise politique et commerciale, ces gens jouent dans la confusion des genres et des styles.

Les frontières infranchissables

Que la Résistance ait été un phénomène a multiples facettes, c’est un fait. Que certains de ses acteurs n’aient pas été fondamentalement mus par une révolte contre l’antisémitisme des régimes hitlériens et pétainistes est un fait.
Il est également vrai que prendre le maquis n’est pas qu’une expression limitée au seul cadre des maquis de la Libération. En 1945, une tentative de parachutage et d’implantation de miliciens pour mener une action « maquisarde » contre les Alliés fût tentée. Ce fût le cas notamment sur la Haute Corrèze, sur les hauteurs au dessus de Tulle. L’opération fût un fiasco. Il est vrai aussi que le clandestin, en Corse, prend le maquis pour se cacher.
Mais enfin, avec toute la bonne volonté du monde, comment ne pas voir dans cette expression et ce logo (une silhouette de jeune homme portant un bêret (qui pourrait, ceci dit, aussi bien être un milicien…) la tentative de raccrocher cette marque commerciale à l’imaginaire des jeunes hommes qui prirent le maquis en 1943-1944.
Or s’ils se sont battus, c’est notamment contre un régime qui véhiculait les mêmes idées qu’Alain Soral.

Comme me le disait un ami avec qui j’ai souvent le plaisir de parler de ce sujet et avec qui nous évoquions l’épuration :

Chacune des victimes des deux camps est morte pour « quelque chose ». C’est ce quelque chose, la liberté et la collaboration, qu’il faut questionner, et là, « y a pas photo ».

Roman national ? Histoire officielle ?

Je manque de temps aujourd’hui pour approfondir un sujet qui mériterait une profonde réflexion.

Je viens de recevoir le dernier exemplaire de Manière de Voir, le magazine bimestriel du Monde Diplomatique d’août-septembre 2019.

Celui-ci a pour titre Aux Armes Historiens, le roman national en débat.

Je manque de temps pour en faire une lecture critique, mais je souhaitais signaler, par rapport à cette thématique, quelques références qui me semblent utile.

Histony

Ce docteur en Histoire, spécialistes des transatlantiques d’avant-guerre, développe un travail de vulgarisation scientifique de l’Histoire assez important depuis quelques années grâce aux ressources des internets.

Histony c’est une page : https://venividisensivvs.wordpress.com/

C’est aussi une chaine Youtube sur laquelle il aborde nombre de sujets historiques, appuyé sur une expérience de chargé de cours à la Faculté. Il vient de consacrer une longue série de vidéo conférences à la Révolution Française, comme il a déjà consacré des conférences à d’autres moments historiques (1848, l’affaire Boulanger, etc.).

Également, à suivre avec intérêt, une série de vidéos de réflexion sur des usages actuels de l’Histoire.

J’ai envisagé un entretien de réflexion sur l’Histoire et ses usages que je ferai quand lui et moi en auront le temps.

Les Historiens de garde

Vous êtes lassé de voir Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorànt Deutsch raconter des histoires à dormir debout sur le service public ?

Lisez plutôt l’analyse qu’en ont fait Aurore Chéry, Christophe Naudin et William Blanc dans leur livre les Historiens de Garde paru en 2016 aux Éditions Libertalia.

L’Histoire, pour quoi faire ?

Serge Gruzinsky, historien, pose cette question fondamentale chez Fayard en 2015.

(Soutenez plutôt Libertalia que Fayard, mais on ne va pas se priver d’un bon bouquin.)

Marc Bloch

Au mémorial de la prison de Montluc, la fiche de Marc Bloch dans la cellule même où il a été détenu.

Ça date, mais foncez. Ne serait-ce que parce que Marc Bloch, non content d’être un brillant historien, rejoint la Résistance après avoir écrit une analyse passionnante de la défaite, introduit par un de ses étudiants, et le paie de sa vie.
S’il n’y avait qu’un seul livre : l’Étrange Défaite. À peine revenu du front, l’historien, vétéran des deux guerres, se livre à une analyse des causes de la défaite de juin 1940. Cela vous surprendra peut-être, mais il n’arrive pas aux mêmes conclusions que le régime de Vichy.

Paul Ricœur

La mémoire, l’Histoire, l’Oubli est un des derniers ouvrages du philosophe. Fait amusant, son assistant pour la rédaction de ce travail est un certain Emmanuel Macron.

Un lien doit bien exister, même ténu, entre ce travail commun et la politique mémorielle de l’actuel locataire de l’Élysée. Mais je n’ai pas le temps de creuser sérieusement.

Et pour finir…

Il y a un éditorial vidéo sur le thème : pourquoi faire de l’Histoire ? par Christophe Barbier.
Mais là… Je vous laisse juge.

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« Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »

Mon voyage à Lyon m’a inspiré.

Une pensée en a entraîné une autre.

Car j’ai pensé qu’en « descendant » à Lyon, j’avais passé la ligne de démarcation, qui coupait à travers la Bourgogne, le nord du Massif Central avant de piquer vers le sud de Tours à travers l’Aquitaine jusqu’à la frontière espagnole.

Bien sur, on se souvient du passage de la ligne de la Grande Vadrouille à Meursault, en Saône-et-Loire, entre Beaune et Mâcon.

Mais ce qui vient de me revenir en tête, c’est le premier roman noir français, naissance sous la plume de Léo Malet du détective privé Nestor Burma : 120 rue de la gare.

En 1942, Malet se projette dans son personnage, ancien anarchiste, désabusé mais moralement droit, qui se plonge dans la France occupée à la poursuite d’une énigme. Au Stalag où il est prisonnier, un amnésique agonisant lui livre une étrange dernière phrase : « Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »
Le roman paraît en 1943. Burma y mène l’enquête de Lyon à Paris. Libéré dans la zone sud pas encore occupée, le détective y retrouve tout la société rapatriée en zone sud : journaux, cabinets d’avocats et même son ancien employé, Bob Colomer, qui est abattu sur le quai de la gare en ayant juste le temps de lui dire : « Patron, 120, rue de la gare. »

120 rue de la gare, c’est une immersion dans la France occupée (par Vichy ou par l’Allemagne), ses restrictions, ses combines, ses débrouilles, avec une intrigue qui nous mène au cœur de la débâcle.

Jacques Tardi en a livré une adaptation brillante, ainsi que la suite des aventures de Burma.
Un regret : Léo Malet, militant libertaire, qui a vendu l’Insurgé à la criée à Montpellier et vécu dans le foyer végétalien du 13e arrondissement (qu’il raconte dans Brouillard au pont de Tolbiac), Malet qui est arrêté d’abord par la France pour la diffusion d’un tract pacifiste avant d’être pris par les Allemands dans la débacle et enfermé dans un Stalag, Malet qui brosse dans Brouillard au pont de Tolbiac un portrait acide des anarchistes qui virent de bord pour devenir bandits puis bourgeois respectables livre à la presse à la fin de sa vie des interviews au propos xénophobe.

La vieillesse est un naufrage…

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Plus près de toi mon vieux.

Vous avez déjà vu cette photo dans l’article d’hier.

Je souhaitais y revenir. Ce séjour à Lyon, et mon passage dans ce lieu en particulier, m’ont donné à penser.

La prison de Montluc est passée en 2010 de l’administration pénitentiaire à la défense, qui a la tutelle sur la mémoire. Aussi, après avoir servi un temps bref de lieu d’entraînement aux unités d’intervention (RAID, GIGN, ERIS), ce lieu à fait l’objet d’une remise dans son jus. Forcément artificiel, mais techniquement, une prison ne bouge pas tant que ça.

Je m’abstiens de commentaires sur l’administration pénitentiaire française, ce n’est pas le lieu.

La prison militaire devient prison civile en 1947, puis prison pour femmes jusqu’à sa fermeture.

La visite de ce lieu, contrairement au CHRD de l’avenue Berthelot, n’a qu’une portée didactique limitée. Non que le lieu soit abscons, les explications n’y manquent pas. Mais contrairement au CHRD, qui d’école de santé militaire devint le siège de la Sipo-SD jusqu’à ce que le bombardement du quartier Jean Macé le 26 mai 1944 fasse déguerpir les gestapistes à la place Bellecour, le site de la prison de Montluc est devenu un Mémorial, un lieu de mémoire, plutôt qu’un musée, ou, comme l’expression est utilisée dans l’ancien fort de Péronne, dans la Somme, un historial.

Au CHRD, les panneaux se succèdent, chronologiques, thématiques, analytiques. Des objets de la collection sont exposés, expliqués, circonstanciés. On peut toujours discuter la muséographie, comme par exemple le fait d’avoir séparé légèrement les panneaux des premiers mouvements (libération, franc-tireur, combat) du panneau des FTP (F et MOI), pacte Germano soviétique oblige. On a la une grille d’analyse plutôt gaulliste des faits. Un travail plus orienté vers une tendance communiste, s’il a l’ honnêteté de ne pas cacher le pacte et la politique ambiguë du bureau central du PCF, tendrait plus volontiers compte parmi les précurseurs des premiers résistants communistes de 1940 (Guingouin, le couple Aubrac-Samuel, Charles Tillon…), même si ceux-ci (et celles-ci) ont plus agi de leur propre chef que sur instructions.

Petit aparté pour signaler que le CHRD (centre d’histoire) compte dans son exposition permanente une véritable relique : une plaque gravée en zinc de la première édition du mouvement Combat, fusion du MLN d’Henri Frenay avec le mouvement Liberté.

À voir aussi au CHRD une reconstitution d’un coin de rue et d’un intérieur lyonnais des années d’occupation. Ce qui est absolument artificiel, mais instructif.

La prison de Montluc est un lieu différent. S’y sont retrouvés les détenus de la résistance et les juifs raflés dans des conditions abominables. Anciennes prison militaire, adossée au tribunal militaire. Les cellules y mesurent deux mètres sur un mètre quatre-vingt dix. Les détenus des années 40 se retrouvent à six ou huit dans moins de quatre mètres carrés. Dix minutes de promenade par jour pour vider les seaux d’hygiène, accéder à un point d’eau pour une toilette et un nettoyage de linge plus que sommaire. Une baraque dans la cour de promenade accueille les juifs dans des conditions aussi effroyables. Klaus Barbie, enfin capturé en 1983, y est détenu brièvement et symboliquement après son extradition de Bolivie (seul en cellule et avec accès aux sanitaires, lui).

La visite se fait le long des coursives de la prison, de cellule en cellule. Dans chaque cellule, un à deux panneaux présentant des résistants ou des familles victimes du génocide (et bien sûr aussi des résistants juifs). La répartition des panneaux dans les cellules est aléatoire. On constate d’ailleurs l’oecuménisme de la résistance, entre laïcs et religieux, patriotes, socialistes, communistes, juifs, chrétiens, etc. Mais archives et témoignages ont permis de situer précisément trois détenus : Marc Bloch, Raymond Aubrac et Jean Moulin. Alors on entre dans la cellule comme dans un sanctuaire et on est pris par l’émotion. Parce qu’on entre avec cette idée que ça a eu lieu ici-même. Chacun, entre les interrogatoires, a été ramené dans la pièce précise où on se trouve.

C’est toute la différence entre un lieu de transmission de connaissance scientifique, même quand celui-ci est marqué par l’histoire (c’est dans les caves du bâtiment que les résistants étaient torturés) et un lieu de recueillement. L’accès à Montluc est d’ailleurs gratuit.

Comme un lieu de pèlerinage.

Lyon, lieu de mémoire.

Les brefs éclats de rire des cuivres de l’été…

Ce mois de juin qui s’achève bientôt a été placé sous le signe du nomadisme.
J’ai multiplié les allers retours entre Paris et le Limousin. Comme vous avez pu le voir sur les différents supports du projet (Facebook et site unpassetrespresent.com), soit qu’elles aient été le but de mon voyage, soit qu’elles se soient trouvées fortuitement sur ma route, mémoire et histoire m’ont accompagné tout le temps.
Cette semaine, c’est à Lyon que je vais chercher l’inspiration avant de regagner le Limousin. J’y referai en séjour à la fin du mois qui se complétera par la découverte d’un autre lieu chargé d’histoire et de mémoire : le Vercors.
Jai eu également quelques tracasseries. Mais maintenant, je peux le dire : le projet Un passé très présent s’apprête à vivre une avancée décisive. Je vais consacrer une large plage de temps au mois de juillet à un bout à bout, une écriture et un prémontage de tout ce que j’ai accumulé depuis le début du projet. Une somme.
Ce qui veut dire que j’aurai sûrement dans un mois quelque chose qui commencera à ressembler à un film.
Pour mes Alliés comme pour moi, ce sera le mois le plus long…

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