À Cassino, rien ne va plus.

L’actualité sociale ayant remis hier sur le tapis le Maréchal Juin a remis au goût du jour un pan de mémoire relativement oublié de la Deuxième Guerre Mondiale : la bataille de Monte Cassino, francisée en bataille du Mont Cassin.
Je vais garder la prononciation italienne que je trouve plus douce à l’oreille.

Et donc, Cassino, qu’es aquò ?

La campagne d’Italie.

Comme je l’expliquais hier (voir Juin ? De quelle année ?) le front italien reste un front secondaire. Le contrôle de la Sicile suffit à assurer la navigabilité de la Méditerranée.
Le régime fasciste italien est à l’agonie. Le débarquement des Alliés en Sicile met Mussolini en minorité. Victor-Emmanuel III reprend les rênes, Badoglio prenant la place d’un Mussolini destitué et arrêté lors du Grand Conseil Fasciste de juillet 1943.
Début septembre, Victor-Emmanuel III signe l’armistice de Cassibile. L’Armée Italienne, environ 1 million d’hommes, où qu’elle se trouve (Italie, Provence, Corse, Balkans), est prise au dépourvu. Certaines unités, comme en Corse, rejoignent les Alliés ou du moins, résistent aux Allemands. 4500 soldats italiens fait prisonniers sur l’ile grecque de Céphalonie sont exécutés. D’autres, vont rejoindre les troupes allemandes. La majorité est désarmée et mise en captivité par les forces allemandes. L’opération Achse, équivalent pour l’Italie de l’opération Anton pour la zone sud en France, amène les forces allemandes à créer une ligne de front face aux Alliés.

Du 8 au 10 septembre, les troupes italiennes tentent de résister à l’invasion allemande. En vain.

À noter que les opérations Anton et Achse, envisagées dès 1940, avaient originellement pour nom Attila pour la France et Alaric pour l’Italie. Les historiens antiquisants modernes emploient désormais le terme de « migrations des peuples », mais dans le référentiel historiographique de l’époque, on est bien dans le concept de l’invasion barbare : Alaric, seigneur wisigoth, met à sac Athènes et Rome au début du Ve siècle.

NB : à l’entrée en guerre de 1914, alors que pour les francophones, l’Allemand devient le « Boche », pour les britanniques, c’est à l’image des Huns qu’est renvoyé l’ennemi occupant la Belgique et une partie de la France. Sobriquet qui sera repris par la propagande aux États-Unis en 1917.

Hun, donc asiatiques, et pas germaniques.

Quand on est de culture anglo-saxonne (Angles et Saxons ont migré avec d’autres tribus germaniques dans les iles britanniques au temps des grandes migrations de la fin de l’Empire Romain d’Occident) ;
qu’une partie de la population américaine est d’origine allemande (le hamburger vient bien du port sur la mer du Nord, à l’embouchure de l’Elbe) ;
et que le roi d’Angleterre se nomme de son nom complet Georges Frederick Ernest Albert de Saxe Cobourg Gotha, a dû se rebaptiser au début de la guerre Windsor, du nom d’un domaine de la famille royale d’Angleterre et est cousin de Nikolaï Alexandrovitch Romanov, alias Nicolas II Tsar de toutes les Russies, mais aussi de Friedrich Wilhelm Viktor Albrecht von Hohenzollern, alias Guillaume II, Empereur d’Allemagne (« La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais… ne se massacrent pas. » dira Paul Valéry) ;
dans ces conditions, on évite de brasser des racines qui risqueraient d’être communes.

Le Hun, au moins, il ne fait pas européen.

L’invasion de la zone sud de la France baptisée « Attila » : serait-ce un retour de manivelle ?

Drôle d’histoire que celle du revirement italien : Badoglio joue pendant la fin du mois d’août et le début septembre un jeu diplomatique assez curieux. Signé le 3 septembre, l’armistice reste secret pendant 5 jours. Badoglio profite de ces jours pour sonder son état-major. Le 8 septembre, les Alliés doivent débarquer à Salerne, au sud de Naples alors que des troupes anglo-américaines remontent déjà par la Calabre. Une opération aéroportée est même prévue sur Rome auquel les troupes italiennes doivent apporter leur soutien, afin de retourner d’un coup (de botte ?) tout le territoire italien.
Faute d’avoir pu s’assurer de ce soutien, Eisenhower rappelle ses paras. Mais brise le secret qui couvre l’armistice. Le 12 septembre, un commando aéroporté allemand enlève Mussolini de sa résidence surveillée.

L’Italie capitulant, les Alliés à Salerne, c’est à dire à moins de 1000 kilomètres de la frontière sud du IIIe Reich, il y a une brèche à colmater pour l’état major allemand, sans sacrifier les troupes qu’il faudra immanquablement opposer aux offensives alliées sur les fronts de l’est et de l’ouest. La botte italienne, c’est un terrain favorable à défendre : montagneuse et large par endroits de moins de 200 kilomètres. De plus, l’Italie et l’Autriche annexée ont certes une frontière commune, mais son passage le plus accessible, le col du Brenner, est à plus de 1300m. Ça se défend mieux qu’une plaine.

Toutefois, outre l’aspect symbolique de la prise de Rome par l’un ou l’autre camp, l’Italie présente quand-même quelques intérêts stratégiques : le nord de l’Italie, surtout, qui concentre le gros de l’industrie italienne. Surtout, depuis un aérodrome dans le nord de l’Italie, comme à Bologne, Turin, Milan ou Trévise, c’est l’intégralité du territoire allemand qui est à portée de vol pour un B17 à pleine charge. Depuis la fin 1942, le Ministry of Economic Warfare a édité un « Bomber’s Baedeker », qu’on pourrait traduire par « le Guide Michelin des bombardiers ». Les directives Casablanca puis Pointblank définissent les grandes lignes d’un vaste programme de bombardement du territoire allemand qui commence en juin 1943 avec près de 1000 bombardiers anglais et américains et va augmenter jusqu’à plus de 2700 bombardiers au printemps suivant. Toute cette offensive partant d’Angleterre. Inutile de laisser s’installer une nouvelle menace au sud quand on peut s’en prémunir avec des forces relativement modestes.

27,5 kilomètres par mois

275 kilomètres séparent Salerne et Rome. Les Alliés ne prennent la capitale italienne que le 4 juin 1944. Juste avant Overlord. 10 mois après l’opération Avalanche. Cela prendrait moins de 3 heures en voiture aujourd’hui, à travers la vallée du Liri. Le maréchal Kesselring, chargé de la défense de l’Italie, met à profit l’hiver 43-44, la barrière naturelle de la chaine des Apennins et l’organisation Todt pour fortifier plusieurs lignes de défenses au pied des Abruzzes. Les vallées sont minées, barrées de barbelés et de fortifications.

Le Monte Cassino, c’est le verrou de la ligne principale, la ligne Gustave. Il domine l’entrée de la vallée du Lisi.
L’attaque de cette ligne commence en janvier 1944. Un assaut frontal de la Ve armée américaine doit s’accompagner d’un débarquement derrière celle-ci, l’opération Shingle à Anzio, qui doit foncer à Rome et couper la ligne Gustav de tout soutien. Sauf que…

Sauf qu’entre temps, la conférence de Téhéran a eu lieu, fin novembre 1943. Staline veut qu’un vrai deuxième front soit ouvert pour soulager le front de l’est. À l’arrivée de l’hiver 43-44, il a sacrifié plus d’un million d’hommes et 6000 chars pour repousser les allemands vers l’ouest, mais l’armée allemande réussit une retraite en bon ordre et rétablit un front sur le Dniepr. L’Allemagne Nazie occupe encore plus de la moitié des territoires de l’Ukraine, de la Biélorussie et la totalité des pays baltes.
La seule quinzaine de divisions allemandes occupées en Italie ne le satisfont pas.

Côté occidental aussi, de toutes façons, il s’agit, dans la perspective de la défaite de l’Allemagne, d’occuper le terrain en Europe. Le débarquement de Normandie et son pendant en Provence prévus pour l’année 1944 sont prioritaires.

Le chat sur le rivage devient baleine échouée.

L’opération Shingle à Anzio doit donc se monter avec ce qu’il reste de navires disponibles pour débarquer dans le Latium. À peine de quoi débarquer deux divisions pour faire face à six divisions allemandes. Si dans les premiers jours, des éléments de reconnaissance américains parviennent à entrer sans résistance dans Rome, ils se replient, faute de renforts.

Le Major General Lucas, qui commande l’opération, croit revivre dans ce plan défendu par Churchill le même fiasco annoncé que celui du plan défendu par le même Churchill en 1915 à Gallipoli. Il préfère respecter ses ordres : consolider d’abord sa tête de pont que d’isoler ses maigres forces dans Rome sans certitude que la ligne Gustav soit percée. Britanniques et Américains se retrouvent donc à défendre une étroite tête de pont vite circonscrite et attaquée par les forces allemandes. Les Alliés ne percent qu’en mai, quand la ligne Gustav et la route de Rome sont ouvertes.

Dans son journal, Lucas, qui est rapidement relevé du commandement, écrit : « Bien que nous puissions obtenir ce que nous voulons, l’opération semblerait si désespérée qu’elle ne devrait pas, à mon avis, être tentée. » ainsi que, plus loin : « l’opération ressemblait fortement à la bataille de Gallipoli et apparemment le même amateur (Churchill, donc ndla) était toujours sur le banc de l’entraîneur »

Churchill commente : « J’avais espéré que nous ayons lancé un chat sauvage sur le rivage, mais tout ce que nous avons finalement eu était une baleine échouée. »

Un lieutenant britannique, Eric Fletcher Waters, disparaît au cours de l’opération. Lui-même avait perdu son père au combat en 1916. Il laisse une veuve et deux petits garçons. Roger, le cadet, a 6 mois.
Le bassiste des Pink Floyd rend hommage au disparu dans les œuvres du groupe.

« Celle de la Marne et de Verdun. »

Pendant ce temps, au sud de la ligne Gustave, au pied du Monte Cassino, l’offensive frontale de janvier n’est pas plus fructueuse. Les Allemands ont disposé des troupes d’élites, panzergrenadier et parachutistes, aux abords du monastère qui occupe le sommet. Les fantassins américains parviennent difficilement à 300m de l’objectif. Les Marocains du Corps Expéditionnaire Français réussissent des exploits dans les montagnes environnantes, sans parvenir à emporter une rupture de la ligne. Surtout, les forces portées sur l’objectif principal, le Monte Cassino, ne sont pas disponibles pour permettre d’exploiter les premières percées. En février, les Allemands reprennent le terrain conquis.

Le monastère est bombardé. Les Allemands s’accrochent dans les ruines. Monte Cassino prend des allures de Verdun. Quatre offensives sont lancées entre janvier et mai pour parvenir à faire sauter le verrou.

En mai, Alphonse Juin, qui dirige le CEFI, fait valoir ses vues à l’État-Major. Il se fait fort, avec ses montagnards marocains et ses trains de mules de franchir le Garigliano et de progresser dans les montagnes qui bordent par l’ouest la vallée du Liri, considérées comme forteresse naturelle, impraticables pour des armées. Ce faisant, il parvient à déborder et contourner la ligne Gustave. Dans la dynamique, le IIe corps polonais emporte enfin, au prix de 962 tués et disparus, le sommet du Monte Cassino.

Marshall, le chef d’état major des armées américaines adresse à Clark, qui commande les armées alliées en Italie : « Présentez mes félicitations au général Juin et à ses commandants de divisions du C.A français pour le grand succès qu’ils ont remporté. Dites leur qu’ils ont fait revivre l’armée française que je connaissais, celle de la Marne et de Verdun. »

De fait, cette victoire au Monte Cassino redonne à l’Armée Française « officielle » une victoire d’envergure. En quelques jours, les Alliés parviennent à reprendre Rome. Mais manquent une nouvelle fois l’occasion de couper la retraite aux armées allemandes. Une nouvelle ligne de défense est établie au nord de Rome. La guerre, à l’heure où s’apprête à commencer la Libération de la métropole, est encore longue.

Parmi les vétérans de Monte Cassino, on compte notamment :

  • Alain Mimoun : caporal du génie à la 3e Division d’Infanterie Algérienne. Blessé au pied le 28 janvier 1944, il évite de peu l’amputation. Par la suite, il participe au débarquement de Provence. Il remporte le marathon olympique de 1956 après avoir été 3 fois le Poulidor d’Emil Zátopek.
  • Jean Pierre Melville : Artilleur, participe à l’offensive victorieuse de mai contre Cassino. Né Grumbach, fils d’une famille juive socialiste, il passe, à l’invasion de la zone sud, en novembre 1942, en Espag@ne, sous le nom de Cartier. Après la prison en Espagne, Gibraltar, puis un engagement dans les FFL en Angleterre où il indique s’appeler Melville, comme l’auteur de Moby Dick et travailler dans l’industrie du cinéma.
  • Ahmed Ben Bella : sous-officier dans la 2e Division d’Infanterie Marocaine. Participe à la campagne d’Italie, débarque en Provence, suit De Lattre jusqu’à la capitulation allemande. Promu adjudant, 4 citations, dont 2 à l’ordre de l’Armée. Médaille militaire. Dès 1945, apprenant les massacres de Sétif, il entre en résistance armée contre l’occupation coloniale de l’Algérie. Il devient l’un des cadres du FLN et, en 1963, premier Président de la République d’Algérie.
  • Mohamed Boudiaf : Militant du FLN, ministre de l’Algérie indépendante puis Président de la République, assassiné en fonction en 1992. Il aurait également participé à la bataille de Cassino.

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Juin ? de quelle année ?

Cela n’aura échappé à personne : lors de l’acte 53 des Gilets Jaunes qui se déroulait samedi, la place d’Italie à Paris a été le lieu d’échauffourées. Manquant d’éléments d’informations, je ne commenterai pas ces évènements, ce n’est pas le lieu, ni mon sujet. Je songe juste qu’un homme a probablement perdu un œil après avoir été touché au visage par une grenade lacrymogène, ce qui fera toujours relativiser la simple personne d’un maréchal que je vais aborder.

Comme dans un bégaiement de l’Histoire, ces échauffourées sur une place parisienne ont occasionné le réchauffement d’une polémique ancienne. Alors que l’an passé, presque à la même date, les heurts avaient provoqué de la casse autour de l’Arc de Triomphe et dans le monument lui-même, ce samedi, c’est un des monuments de la place d’Italie qui a été dégradé. À noter qu’à l’Arc de Triomphe, lors de la manifestation du 1er décembre 2018, des personnes présentes avaient fait barrage autour de la flamme du soldat inconnu. Dans ce cas, les personnes qui ont arraché des bouts du monument pour en faire des projectiles n’ont pas traité celui-ci autrement que du mobilier urbain. Le Maréchal Juin n’avait visiblement rien de sacré à leurs yeux.

Sept étoiles, deux tailles d’uniformes

Le monument en question, moi-même qui ai habité le quartier, je n’en avais qu’une vague mémoire. Celle d’une silhouette en képi tournée vers l’Avenue d’Italie, dans le parc central de la place, difficile d’accès à cause des 4 ou 5 voies de circulation qui le séparent du reste de la place. Le monument aux morts du XIIIe arrondissement, des guerres de 14-18, 39-45, Indochine, Algérie et Théâtres d’Opérations Extérieurs, situé sur une partie piétonne en haut du boulevard Blanqui est beaucoup plus accessible et connu des riverains.
La place d’Italie étant un des carrefours entre Denfert-Rochereau, Montparnasse et Bercy d’une part, l’A6 et la gare d’Austerlitz d’autre part, le flot de voitures y est, en journée, très dense. Le monument a été inauguré en 1983, année de réélection pour Jacques Chirac pour un deuxième mandat à la mairie de Paris.

Comparativement à la porte d’Orléans voisine, la place d’Italie est moins marquée par la mémoire de la Libération. Construite sur un bastion détruit de l’enceinte de Thiers, la place du 25 août 1944 est jouxtée par le Square du Serment de Koufra. Leclerc y trône du haut du monument aux morts de la 2e DB. Force est de constater que le monument au maréchal Juin et au Corps Expéditionnaire Français en Italie est plus modeste. Plus récent aussi. De 14 années. Dès 1946, la ville de Paris donne à la place voisine de la porte d’Orléans la date de sa Libération. En 1969, Pompidou inaugure le monument. En 1997, il est restauré. La statue de Leclerc, abattue à l’explosif en 1977, prend de la hauteur. Le nom des 1800 tués de la division de Normandie en Allemagne sont gravés sur les flancs du piédestal.

4 maréchaux, 2 ambiances.

Ces deux monuments traduisent bien une vérité : Juin n’est pas Leclerc. Et l’Italie n’est pas la Normandie. Hommage rendu au Chevalier de Lapalisse, mort lui aussi en Italie (à Pavie en 1525), revenons à nos maréchaux.

Juin est un des 4 maréchaux de France de la Libération.
Leclerc, De Lattre et Koenig sont tous trois compagnons de la Libération, pas Juin. Leclerc, l’homme du Serment de Koufra, de la Deuxième DB, de la Libération de Paris et de Strasbourg, Koenig, chef de la 13e Demi-Brigade de la Légion Étrangère, le chef Français Libres de Bir Hakeim ou De Lattre de Tassigny, emprisonné pour avoir opposé une résistance à l’invasion de la zone libre, évadé, rallié à la France Libre, commandant l’armée française en Allemagne et signataire de la capitulation allemande aux côtés des Montgommery, Joukov et Eisenhower : la légende de ces trois là n’est pas de la même étoffe.

Alphonse Juin, c’est purement et simplement un militaire de carrière. Issu d’un milieu modeste dans la communauté pied-noir d’Algérie -père gendarme, mère couturière – c’est un cas de méritocratie de la IIIe République. En 1912, il sort major de Saint-Cyr, dans la même promotion que De Gaulle, perd l’usage du bras droit en Champagne, revient au front après 8 mois de convalescence, toujours à la tête des tirailleurs marocains. Guerre du Rif. En 1940, il est capturé à Lille à la fin du mois de mai. Il n’est libéré qu’en juin 1941 après négociations : Vichy fait valoir sa connaissance de l’Afrique, territoire que le gouvernement Pétain entend sécuriser. Fin 1941, il participe à une délégation à Berlin à la rencontre de Goering.

Ce n’est que 6 jours après le débarquement américain en Afrique du Nord que Juin donne l’ordre à ses troupes d’affronter les forces allemandes, malgré plusieurs tractations américaines en ce sens. Une fois rallié, néanmoins, Juin exerce, contre les forces de l’Axe, en Tunisie, son talent reconnu pour le commandement des armées. La victoire des Alliés après des mois de bourbier au pied de Monte Cassino est assez tributaire de ses choix stratégiques. Mais il n’a pas de pédigrée de Résistance. Son dossier en collaboration sera même instruit mais classé à la Libération.

Leclerc et de Lattre sont élevés au rang de Maréchal, titre honorifique, à titre posthume, la même année que Juin, les 3 à quelques mois d’intervalle. Le gouvernement Pinay a succédé à Faure, censuré par le parlement après avoir proposé l’austérité – baisse du budget de l’État et hausse d’impôts – dans une ambiance de morosité économique. Les États-Unis de Truman, empêtrés en Corée, connaissent une croissance ralentie. Eisenhower est élu en novembre.
Peut-être est-il temps, pour la France, de se désigner à nouveau de grands soldats, l’année qui suit la mort de Pétain, alors que la France est justement en guerre dans ses colonies, en Indochine et, déjà, en Afrique du Nord. Peut-être faut-il voir dans la distinction de Juin une concession faite aux militaires, en reconnaissant entre deux compagnons celui qui n’a fait qu’obéir.

En 1967, Juin a droit à des funérailles nationales. De Gaulle ne s’attarde pas auprès du cercueil.

Qui se souvient des guerres d’Italie ?

Au cours de l’année 1943, qui voit la fusion des FFL et de l’Armée d’Afrique en une Armée de la Libération, Juin exerce son commandement, principalement en Italie, quand le Corps Expéditionnaire Français en Italie est constitué pour aller renforcer les troupes alliées qui ont débarqué en Sicile puis dans le sud de la péninsule à partir de l’été 1943.

Les guerres d’Italie sont certes une vieille tradition française depuis la fin du XVe siècle donnant à la culture française quelques noms de rues, de plats ou d’on ne sait plus trop quoi : Marignan, Marengo, Solférino, Magenta…

Mais en 1943, l’invasion de l’Italie, décidée à la conférence de Québec, a été âprement disputée. Pour Churchill, il faudrait frapper le « ventre mou » de l’Europe : les Balkans. Une vieille marotte pour le 1er ministre anglais : en 1915, l’expédition – désastreuse – contre le détroit des Dardanelles, c’était déjà son idée. Quoi qu’il en soit, attaquer le sud de l’Europe, c’est attaquer le maillon faible de l’axe. Depuis 1940, l’Italie fasciste est militairement un boulet pour le IIIe Reich. La tentative d’invasion du sud de la France dans les Alpes a buté sur des chasseurs alpins en sous-nombre, mais bien retranchés. En 1940-41, la tentative d’invasion des Balkans tourne à nouveau à la calamité. La modeste armée grecque tient tête et oblige Hitler à distraire des troupes en pleins préparatifs de l’attaque contre l’URSS. Puis les difficultés italiennes en Afrique oblige à nouveau Hitler à y envoyer un corps expéditionnaire et un officier prometteur : Rommel et l’Afrika Korps.

Le régime fasciste de Mussolini, depuis 1922, a atteint son point de rupture. Il ne survit pas à l’année 1943.

Quoiqu’il en soit, sécuriser la Méditerranée reste un objectif certes important pour les Alliés, afin de garder une liaison maritime avec l’Union Soviétique et, pour le Royaume-Uni, garder une part importante de son autonomie grâce au canal de Suez et au pétrole irakien, mais cet objectif, avec la maitrise désormais totale de la rive sud du bassin méditerranéen, devient secondaire à l’heure de préparer l’ouverture du second front sur les côtes de France. Pour le commandement américain, hors de question de délaisser le débarquement de Normandie pour aller s’embourber en Italie. Les armées qui mènent les combats donnent une légère impression de bric et de broc. S’y côtoient Américains, Britanniques, Canadiens, Français, Polonais, Magrébins, Sud-Africains, Juifs de Palestine, Résistants Italiens, Grecs, Brésiliens…

« Ceux tombés à Monte Cassino »

« On peut mourir au front
Et faire toutes les guerres
Et beau défendre un si joli drapeau
Il en faut toujours plus
Pourtant y a un hommage à faire
A ceux tombés à Monte Cassino »

Zebda, Le bruit et l’odeur.

La mémoire portée par le personnage d’Alphonse Juin, officier pied-noir, c’est aussi cette mémoire ambigüe du rôle des Africains dans la libération de la France. Car les troupes disponibles de la France, en 1943, ce sont celles des territoires « libérés ». Autrement dit, les colonies d’Afrique. Et les premiers soldats sous les drapeaux sont essentiellement tunisiens, algériens, marocains. Cette armée d’Afrique envoyée en Italie, donc dans un pays ennemi, n’est pas, contrairement à la 2e DB qui doit s’entrainer en Grande-Bretagne pour la bataille de Normandie, « blanchie ». J’y reviens plus longuement dans un article à venir, qui devrait compléter la série Le Marteau et l’Enclume, à laquelle je crains que vous ne compreniez plus rien.

Les vétérans de la campagne d’Italie, quand, en 1952, Alphonse Juin est fait Maréchal de France, sont, pour certains, encore sous les drapeaux français, en Indochine notamment. Bientôt, beaucoup se partageront entre Harkas, Armée Française et Katibas.

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Commémorer.

Ces jours-ci, je souhaitais consacrer quelques lignes à l’acte social de commémorer. Depuis le jour de Toussaint (commémoration par la communauté catholique de ses martyrs), en passant par les commémorations de la chute du mur, de l’armistice de 1918 et jusqu’à aujourd’hui, ça me semblait pertinent.
Pas facile, en fait.
Pas facile, entre autres, quand on était soi-même il y a 4 ans, un parisien parmi des millions.
Pas facile de prendre du recul sur les souvenirs des premières infos qui tombent, des premiers messages et coups de téléphones des proches et aux proches, du métro et des rues vides du samedi 14, quand on a décidé, avec quelques amis, de nous retrouver quand-même.
Et dans les jours qui suivent, alors qu’on se dit qu’on a été épargné par le désastre et que ses proches vont bien, d’apprendre qu’untel y était et s’en est sorti ou que par contre, des proches ont perdu quelqu’un.
Comme me l’a dit un ami : « on est tous à une ou deux poignées de mains d’une victime. »
Ou dans les semaines qui suivent, s’apercevoir qu’un ami qui avait passé la soirée barricadé dans un restaurant des environs de Bastille a pour de bon basculé dans la haine.

Je pense que le meilleur remède à ça, c’est comprendre. Et donner du sens.

À ce titre, je salue le travail de ma consœur Sara Ghibaudo de France Inter pour son enquête. Pour comprendre ce qui nous est arrivé.

Pour ma part, après avoir cherché comment aborder le sujet, j’ai retrouvé dans mes archives l’interview que m’avait accordé le professeur Maurice Corcos, psychiatre de l’ Hôpital Institut mutualiste Montsouris, en septembre de l’année dernière, sur la mémoire et le traumatisme.

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L’orphelin

Né en 1913, Georges Guingouin n’a presque pas connu son père, tué en 1914.
En cela, il partage le sort de nombreux européens de sa génération : 1,4 millions de soldats français sont tués pendant la première guerre mondiale.

Mais les circonstances du deuil du père méritent qu’on s’y penche, tant elles marquent le futur chef de maquis.

Charles Guingouin est sous-officier de carrière au régiment d’infanterie de Magnac Laval, en Haute-Vienne, le 138e. À la mobilisation, chaque régiment d’active se double d’un régiment de réserve portant son numéro augmenté de deux cents. Charles Guingouin est affecté au 338e RI.

Georges et sa mère vivent en quelques sortes une vie de caserne. C’est à dire entourés de familles qui vivent la même absence d’un proche engagé dans les mêmes combats. De fait, les régiments de 1914 sont regroupés selon une logique régionale. Chaque région militaire, une vingtaine en France métropolitaine et Corse, constitue un Corps d’Armée d’environ 40 000 hommes. Limoges centralise la 12e région militaire, donc le XIIe corps. Les effectifs viennent essentiellement de Haute-Vienne, Creuse, Corrèze, Dordogne et Charente.

Le positionnement des troupes française en août 1914.
L’offensive Moltke-Schlieffen.

Ces Dordognaux, Charentais et Limousins, s’ils ne sont pas prévus en 1ère ligne dans les premiers jours de la guerre, se trouvent rapidement plongés au cœur de l’offensive allemande. C’est le plan Moltke-Schlieffen. C’est aussi la période la plus meurtrière de la guerre, chaque état-major faisant mener des offensives à outrance pour tenter d’emporter rapidement la décision. 313 000 soldats français sont morts, prisonniers ou disparus au début du mois de septembre.
Pour l’Allemagne, engagée sur deux fronts, (déjà !), obtenir une décision rapide à l’ouest avant d’avoir à affronter le gros des troupes russes est vital. Elle jette donc le plus de force possible pour contourner et couper de leurs bases les troupes françaises et britanniques.
Après les défaites à Mons et Charleroi, en Belgique, le 23 août, c’est la Grande Retraite. Jusqu’à la victoire sur la Marne (12 septembre) , l’armée française tente d’enrayer la progression allemande et de rétablir une ligne de défense sur chaque rivière ou fleuve possible.

Dans les jours qui suivent Mons et Charleroi, les alliés franco-britanniques sacrifient des hommes et du matériel dans des batailles d’arrêts aux alentours de Cambrai. Ce sont les batailles du Cateau, de Guise, de Saint-Quentin… Et donc le village du Transloy, dans le secteur de Bapaume, à la limite entre les départements du Pas de Calais et de la Somme.

Le régiment de Charles Guingouin, sergent au 338e, est à Noyelles, entre Hénin-Beaumont et Douai le 27. 24 heures plus tard, il a reculé de 45 km, au sud-est de Bapaume, vers le village du Transloy. Une offensive est tentée en début de matinée le long de la Route Nationale 17 (aujourd’hui D917) le 28 août vers le village voisin de Sailly-Saillisel.
Les troupes allemandes sont retranchées en position défensive, 200 mètres en avant. Charles Guingouin est tué. Il a 31 ans.
En moins de deux heures, le régiment perd 1139 hommes sur un peu plus de 2200. Ils n’ont débarqué à Arras venant d’un cantonnement vers Gonesse (actuel Val d’Oise), c’est-à-dire n’ont été engagé que le 25 août au soir. De quoi alimenter des rancœurs.

Deux heures pour marquer une région

De fait, les hommes du 338e régiment d’infanterie peuvent légitimement considérer qu’ils ont été sacrifiés. Et que la faute en revient très fortement aux différents échelons hiérarchiques au dessus d’eux. Du haut commandement et ses erreurs stratégiques dès les premières semaines de la guerre au commandement divisionnaire et régimentaire qui fait mener cette attaque mal préparée du 28 août.
L’organisation de la mobilisation par régions militaires accentue l’aspect local de la catastrophe. Un régiment d’infanterie classique, comme celui de Magnac-Laval, est constitué, à ce moment-là, des militaires de carrière qui le composent habituellement, plus les classes d’active, celles faisant leur service militaire, qui sont déjà sous les drapeaux, les classes 12, 13 et 14, et les réservistes ayant fait leur service militaire dans le régiment et qui y sont mobilisables jusqu’à 35 ans. Les tués de ces deux heures sur un champ de bataille de 4 km de profondeur sont donc quasiment tous de la même région et ont entre 20 et 35 ans.

C’est toute une région qui se couvre, en quelques jours, d’épouses et de mères en deuil. Alimentant du même coup des ressentiments régionaux. De fait, avec presque 20% de pertes en novembre 1918, la 12e région militaire fait partie des plus lourdement touchées. Pas une exception toutefois. Plusieurs régions militaires comptent des taux de pertes similaires. Mais après-guerre, des régions porteront l’idée qu’elles ont été sacrifiées : majoritairement les régions les plus rurales. Moins qualifiées, les populations paysannes ont constitué le gros des régiments d’infanterie, les plus exposées et durement touchées.

De fait, la petite ville de garnison qu’est Magnac-Laval perd 20% de sa population entre les recensements de 1911 et 1921, environ 800 manquants sur presque 4000 habitants. La commune ne retrouve jamais sa population d’avant guerre.

État d’esprit

Difficile de dire si à Magnac-Laval, on a pu envisager par anticipation une telle hécatombe.
Des militaires de carrière comme Charles Guingouin et les hommes de son régiment s’imaginent peut-être en s’embarquant de la gare du Dorat le 6 août 1914 qu’ils ne partent pas pour une campagne courte, fraîche et joyeuse.
Certainement l’envisagent-ils comme leur devoir, mais ces soldats de métier doivent bien aussi imaginer que la façon dont ils se sont préparés ne correspond peut-être plus à la puissance de feu du matériel qu’ils manipulent.
Certainement aussi qu’en débarquant à Arras le 25, venant du cantonnement francilien où ils attendaient leur engagement sur la ligne de front, ils ont une idée de la situation périlleuse qu’ils viennent tenter de colmater. Et que la précipitation dans laquelle ils se trouvent augmente le danger pour eux.

Toujours est-il que le souvenir reste après guerre, à Magnac-Laval comme en beaucoup d’endroits. Georges Guingouin se fait raconter par le directeur de l’école de Bellac où il est élève les circonstances de la bataille qui a coûté la vie de son père. Qu’il voit sa mère fréquenter d’autres familles en deuil.
De quoi certainement l’influencer quand il mène lui-aussi des hommes au combat dans les années 40, dont certains ont été, en plus, enfants, ses élèves. Comme son père une trentaine d’années auparavant, il est trentenaire. Nombre des hommes sous ses ordres ont la vingtaine.

À plusieurs reprises, en 1943-1944, Guingouin refuse des engagements risqués.

Pour autant, il ne réfute pas son titre de colonel.

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In memoriam… praesentem

Les latinistes me pardonneront si j’ai mal jugé de l’usage d’un accusatif ici.

Alors que l’heure est au deuil et à la commémoration pour un ancien président de la République, France Info a publié un article en ligne évoquant une anecdote s’étant déroulée dans le cadre de commémorations officielles liées à la deuxième guerre mondiale.

Commémoration et passation de pouvoir.

Le 25 aout 1994, Paris célèbre les 50 ans de sa libération. Y assistent trois hommes : Jacques Chirac, Maire de Paris, François Mitterrand, Président de la République, Edouard Balladur, Premier Ministre. L’ami de trente ans du premier est désormais rival dans la course à la succession du deuxième, lui-même ancien rival du premier qui fût son premier ministre.

Gravement malade, (il lui reste à peine plus de deux ans à vivre) Mitterrand prétexte une pause dans le protocole des commémorations pour planter là le Premier Ministre et s’isoler avec le Maire de Paris. Ce faisant, il adoube l’un comme son successeur et humilie l’autre. Ce cérémonial pèse t’il dans les mois qui suivent ?
De fait, c’est Jacques Chirac qui remporte les élections présidentielles de 1995.

Au delà de l’aspect anecdotique de cette petite histoire, il est intéressant de noter la place prise par les affaires politiques du moment dans une cérémonie dont la vocation première est le souvenir.

La France tourne autour du Vélodrome.

On retiendra notamment de Jacques Chirac qu’il fût le premier Président à évoquer, lors des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv, le rôle de la France dans la déportation des juifs de France. Il rompt ce jour-là, le 16 juillet 1995, avec la doctrine gaulliste : Vichy, ce n’était pas la France. Sans doute était-il temps, cinquante trois ans après, que la France le reconnaisse. Mais sans doute que l’âge de Jacques Chirac n’est pas pour rien dans cette prise d’acte mémorielle. Car Jacques Chirac, c’est le premier président de la Ve république a n’avoir pas été acteur de la deuxième guerre mondiale. Né en 1932, il n’a que 12 ans à la Libération. Avant lui, après De Gaulle, Pompidou, Poher (intérim) et Mitterrand ont eu un rôle pendant la guerre. Même si celui de Pompidou fût de ne pas se faire remarquer. Même le plus jeune de ses prédécesseurs, Valéry Giscard-D’Estaing, né en 1926, s’engage dans l’Armée De Lattre à la Libération de Paris, à laquelle il a participé. Tous les successeurs de Jacques Chirac sont nés après guerre, ce qui n’a empêché aucun d’entre eux de faire aussi acte de mémoire. Sarkozy puis Macron aux Glières, Hollande en faisant entrer quatre figures de la Résistance au Panthéon ou encore Macron revenant au Vel d’Hiv’, vingt-deux ans après le discours de Chirac, et allant plus loin, alors que la France connaît un regain inquiétant d’antisémitisme : c’est bien la France qui a organisé la rafle. Hollande avant lui : »le crime fut commis en France par la France ».

Une façon d’être au monde

Au Vélodrome d’Hiver, c’est la France qui regarde sa propre culpabilité. Et les contingences politiques jouent, naturellement. Sarkozy, tout à une ligne politique contre ce qu’il appelle « la repentance », ne fait pas de discours au Vel d’Hiv’, tout en se déclarant dans la continuité de Jacques Chirac. Il commande d’ailleurs un rapport à l’historien André Kaspi sur « la modernisation des commémorations publiques ».
Un rapport qui prône une réduction du nombre de dates commémorées, une décentralisation des commémorations et de nouvelles formes de transmissions.

Le rapport de novembre 2008 propose par ailleurs la conservation de dates d’importance, à l’exemple de ce qui s’est fait le 6 juin 2004 en Normandie pour les 60 ans du débarquement.

Pour les commémorations de cet évènement d’ampleur internationale, naturellement, c’est le monde qui se penche sur lui-même, avec la France dans le rôle de la puissance invitante.
Dès 1945, des cérémonies se tiennent en présence d’élus locaux et de quelques officiels, notamment l’ambassadeur des Etats-Unis. Le vingtième anniversaire se déroule dans une France gaullienne, dont un des axes politiques majeurs est l’indépendance vis-à-vis des États-Unis. De Gaulle y envoie un ministre affirmer que c’est la Résistance française qui a permis la réussite du débarquement. Les années 60 et 70 sont, de plus, pour la plupart des pays concernés par les commémorations, des années de guerre dans les anciennes colonies.

C’est en 1984 que ces commémorations reviennent sur le devant de la scène internationale. Dans le contexte de nouvelles tensions de la guerre froide, les pays de l’Ouest tiennent à remettre en avant l’ouverture du second front dans les mémoires. « America is back », le slogan de campagne de Ronald Reagan se traduit aussi sur les plages du débarquement. Le Républicain est le premier président des États-Unis à venir à titre officiel en Normandie, après un passage en 1978 de Jimmy Carter à titre privé. Les commémorations quinquennales deviennent un évènement diplomatique axées non plus sur la victoire des Alliés mais sur le retour de la paix, avec l’invitation de l’Allemagne en 2004. Le 70e anniversaire, en 2014, est l’occasion pour la France d’échanges dans une situation diplomatique tendue : sont présents Vladimir Poutine, président russe et Petro Porochenko, président ukrainien, en pleine crise du Donbass. En 2019, c’est dans le contexte de relations difficiles entre l’administration Trump et nombre de chancelleries du monde et de la valse-hésitation autour du Brexit que se commémorent les 75 ans d’Overlord.

Je n’ai pas forcément de conclusion définitive à ces observations. Je m’en tirerais avec Thomas Mann, qui disait que la mort d’un homme est d’avantage l’affaire des survivants que la sienne. Élégante pirouette pour vous laisser en pleine réflexion.

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Les ombres au crépuscule 2/2

Le 12 septembre était inaugurée l’exposition Morts pour la France au Mémorial de Montluc.

Comme indiqué précédemment, cette inauguration coïncidait avec le cinquantenaire de la sortie en salle de l’Armée des Ombres de Melville. Une projection avait donc lieu après l’inauguration.

Imaginez retentir cette musique de film dans les murs de la prison mémorial de Montluc.

L’exposition :

Morts pour la France est une exposition consacrée aux fusillés du champ de tir de la Doua. Terrain de manœuvre, d’entraînement au tir et caserne depuis son acquisition par le ministère de la Guerre sous la monarchie de juillet, ce coin de Villeurbanne en bord de Rhône a servi de lieu d’exécution et de charnier. A la libération, la Résistance en fait une nécropole nationale.

Le dossier de presse est disponible ici.

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J’écris ton nom…

Écoutez la chronique radio en cliquant sur l’image.

Faute de temps pour moi-même écrire, je me permets de relayer ici ces mots d’Aurélien Bellanger hier matin sur France Culture.

La conclusion du 4 septembre, 8h45

Sans doute que la poésie a chanté la geste de la résistance parce que celle-ci opposait à ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture (Goebbels) ceux qui quand on leur proposait de sacrifier au budget de la guerre celui de la culture répondirent : « mais alors pourquoi nous battons nous ? » (Churchill)

Je pose ça là brièvement comme une note pour plus tard.

À réfléchir aussi, ce passage par la commune de Peyrat le Château et son monument au mort. Deux remarques : la liste des tués de 39-45 est impressionnante ; les morts de Peyrat ne sont pas « Morts pour la France » mais « victimes de la guerre ».

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