Mur, as-tu des oreilles ?

Je vous montrais l’autre jour une photo de ce que pourrait être l’ambiance d’intro du film.
Place aujourd’hui à la musique.

Ce projet est teinté de jazz.

C’est donc avec Méfions nous d’Epicure de mes amis de MOOP (à écouter ici) que je vais commencer mon film.

Parce que l’album Chronique de Résistances des Editions NATO est un des axes de mon travail.

Les mots de Gatti sur la musique d’Hymas.

Parce que le jazz, c’est la musique des années 30-50. Arrivée avec le corps expéditionnaire Pershing en 1918, cette musique se diffuse en Europe au cours des années 20-30. Et qu’aujourd’hui on en joue encore avec talents : le catalogue de NATO ou mes amis du groupe MOOP en sont la preuve.

Parce que Vichy censurait le jazz, musique « décadente ». Et dans une certaine mesure, avoir été interdit par Vichy est un critère de désirabilité.

Et puis, pour citer Churchill, à qui on proposait de réduire les budgets dédiés aux arts pour les dédier à l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

Affiche de 1940

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Roman national ? Histoire officielle ?

Je manque de temps aujourd’hui pour approfondir un sujet qui mériterait une profonde réflexion.

Je viens de recevoir le dernier exemplaire de Manière de Voir, le magazine bimestriel du Monde Diplomatique d’août-septembre 2019.

Celui-ci a pour titre Aux Armes Historiens, le roman national en débat.

Je manque de temps pour en faire une lecture critique, mais je souhaitais signaler, par rapport à cette thématique, quelques références qui me semblent utile.

Histony

Ce docteur en Histoire, spécialistes des transatlantiques d’avant-guerre, développe un travail de vulgarisation scientifique de l’Histoire assez important depuis quelques années grâce aux ressources des internets.

Histony c’est une page : https://venividisensivvs.wordpress.com/

C’est aussi une chaine Youtube sur laquelle il aborde nombre de sujets historiques, appuyé sur une expérience de chargé de cours à la Faculté. Il vient de consacrer une longue série de vidéo conférences à la Révolution Française, comme il a déjà consacré des conférences à d’autres moments historiques (1848, l’affaire Boulanger, etc.).

Également, à suivre avec intérêt, une série de vidéos de réflexion sur des usages actuels de l’Histoire.

J’ai envisagé un entretien de réflexion sur l’Histoire et ses usages que je ferai quand lui et moi en auront le temps.

Les Historiens de garde

Vous êtes lassé de voir Stéphane Bern, Franck Ferrand ou Lorànt Deutsch raconter des histoires à dormir debout sur le service public ?

Lisez plutôt l’analyse qu’en ont fait Aurore Chéry, Christophe Naudin et William Blanc dans leur livre les Historiens de Garde paru en 2016 aux Éditions Libertalia.

L’Histoire, pour quoi faire ?

Serge Gruzinsky, historien, pose cette question fondamentale chez Fayard en 2015.

(Soutenez plutôt Libertalia que Fayard, mais on ne va pas se priver d’un bon bouquin.)

Marc Bloch

Au mémorial de la prison de Montluc, la fiche de Marc Bloch dans la cellule même où il a été détenu.

Ça date, mais foncez. Ne serait-ce que parce que Marc Bloch, non content d’être un brillant historien, rejoint la Résistance après avoir écrit une analyse passionnante de la défaite, introduit par un de ses étudiants, et le paie de sa vie.
S’il n’y avait qu’un seul livre : l’Étrange Défaite. À peine revenu du front, l’historien, vétéran des deux guerres, se livre à une analyse des causes de la défaite de juin 1940. Cela vous surprendra peut-être, mais il n’arrive pas aux mêmes conclusions que le régime de Vichy.

Paul Ricœur

La mémoire, l’Histoire, l’Oubli est un des derniers ouvrages du philosophe. Fait amusant, son assistant pour la rédaction de ce travail est un certain Emmanuel Macron.

Un lien doit bien exister, même ténu, entre ce travail commun et la politique mémorielle de l’actuel locataire de l’Élysée. Mais je n’ai pas le temps de creuser sérieusement.

Et pour finir…

Il y a un éditorial vidéo sur le thème : pourquoi faire de l’Histoire ? par Christophe Barbier.
Mais là… Je vous laisse juge.

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« Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »

Mon voyage à Lyon m’a inspiré.

Une pensée en a entraîné une autre.

Car j’ai pensé qu’en « descendant » à Lyon, j’avais passé la ligne de démarcation, qui coupait à travers la Bourgogne, le nord du Massif Central avant de piquer vers le sud de Tours à travers l’Aquitaine jusqu’à la frontière espagnole.

Bien sur, on se souvient du passage de la ligne de la Grande Vadrouille à Meursault, en Saône-et-Loire, entre Beaune et Mâcon.

Mais ce qui vient de me revenir en tête, c’est le premier roman noir français, naissance sous la plume de Léo Malet du détective privé Nestor Burma : 120 rue de la gare.

En 1942, Malet se projette dans son personnage, ancien anarchiste, désabusé mais moralement droit, qui se plonge dans la France occupée à la poursuite d’une énigme. Au Stalag où il est prisonnier, un amnésique agonisant lui livre une étrange dernière phrase : « Dîtes à Hélène… 120 rue de la Gare ! »
Le roman paraît en 1943. Burma y mène l’enquête de Lyon à Paris. Libéré dans la zone sud pas encore occupée, le détective y retrouve tout la société rapatriée en zone sud : journaux, cabinets d’avocats et même son ancien employé, Bob Colomer, qui est abattu sur le quai de la gare en ayant juste le temps de lui dire : « Patron, 120, rue de la gare. »

120 rue de la gare, c’est une immersion dans la France occupée (par Vichy ou par l’Allemagne), ses restrictions, ses combines, ses débrouilles, avec une intrigue qui nous mène au cœur de la débâcle.

Jacques Tardi en a livré une adaptation brillante, ainsi que la suite des aventures de Burma.
Un regret : Léo Malet, militant libertaire, qui a vendu l’Insurgé à la criée à Montpellier et vécu dans le foyer végétalien du 13e arrondissement (qu’il raconte dans Brouillard au pont de Tolbiac), Malet qui est arrêté d’abord par la France pour la diffusion d’un tract pacifiste avant d’être pris par les Allemands dans la débacle et enfermé dans un Stalag, Malet qui brosse dans Brouillard au pont de Tolbiac un portrait acide des anarchistes qui virent de bord pour devenir bandits puis bourgeois respectables livre à la presse à la fin de sa vie des interviews au propos xénophobe.

La vieillesse est un naufrage…

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Plus près de toi mon vieux.

Vous avez déjà vu cette photo dans l’article d’hier.

Je souhaitais y revenir. Ce séjour à Lyon, et mon passage dans ce lieu en particulier, m’ont donné à penser.

La prison de Montluc est passée en 2010 de l’administration pénitentiaire à la défense, qui a la tutelle sur la mémoire. Aussi, après avoir servi un temps bref de lieu d’entraînement aux unités d’intervention (RAID, GIGN, ERIS), ce lieu à fait l’objet d’une remise dans son jus. Forcément artificiel, mais techniquement, une prison ne bouge pas tant que ça.

Je m’abstiens de commentaires sur l’administration pénitentiaire française, ce n’est pas le lieu.

La prison militaire devient prison civile en 1947, puis prison pour femmes jusqu’à sa fermeture.

La visite de ce lieu, contrairement au CHRD de l’avenue Berthelot, n’a qu’une portée didactique limitée. Non que le lieu soit abscons, les explications n’y manquent pas. Mais contrairement au CHRD, qui d’école de santé militaire devint le siège de la Sipo-SD jusqu’à ce que le bombardement du quartier Jean Macé le 26 mai 1944 fasse déguerpir les gestapistes à la place Bellecour, le site de la prison de Montluc est devenu un Mémorial, un lieu de mémoire, plutôt qu’un musée, ou, comme l’expression est utilisée dans l’ancien fort de Péronne, dans la Somme, un historial.

Au CHRD, les panneaux se succèdent, chronologiques, thématiques, analytiques. Des objets de la collection sont exposés, expliqués, circonstanciés. On peut toujours discuter la muséographie, comme par exemple le fait d’avoir séparé légèrement les panneaux des premiers mouvements (libération, franc-tireur, combat) du panneau des FTP (F et MOI), pacte Germano soviétique oblige. On a la une grille d’analyse plutôt gaulliste des faits. Un travail plus orienté vers une tendance communiste, s’il a l’ honnêteté de ne pas cacher le pacte et la politique ambiguë du bureau central du PCF, tendrait plus volontiers compte parmi les précurseurs des premiers résistants communistes de 1940 (Guingouin, le couple Aubrac-Samuel, Charles Tillon…), même si ceux-ci (et celles-ci) ont plus agi de leur propre chef que sur instructions.

Petit aparté pour signaler que le CHRD (centre d’histoire) compte dans son exposition permanente une véritable relique : une plaque gravée en zinc de la première édition du mouvement Combat, fusion du MLN d’Henri Frenay avec le mouvement Liberté.

À voir aussi au CHRD une reconstitution d’un coin de rue et d’un intérieur lyonnais des années d’occupation. Ce qui est absolument artificiel, mais instructif.

La prison de Montluc est un lieu différent. S’y sont retrouvés les détenus de la résistance et les juifs raflés dans des conditions abominables. Anciennes prison militaire, adossée au tribunal militaire. Les cellules y mesurent deux mètres sur un mètre quatre-vingt dix. Les détenus des années 40 se retrouvent à six ou huit dans moins de quatre mètres carrés. Dix minutes de promenade par jour pour vider les seaux d’hygiène, accéder à un point d’eau pour une toilette et un nettoyage de linge plus que sommaire. Une baraque dans la cour de promenade accueille les juifs dans des conditions aussi effroyables. Klaus Barbie, enfin capturé en 1983, y est détenu brièvement et symboliquement après son extradition de Bolivie (seul en cellule et avec accès aux sanitaires, lui).

La visite se fait le long des coursives de la prison, de cellule en cellule. Dans chaque cellule, un à deux panneaux présentant des résistants ou des familles victimes du génocide (et bien sûr aussi des résistants juifs). La répartition des panneaux dans les cellules est aléatoire. On constate d’ailleurs l’oecuménisme de la résistance, entre laïcs et religieux, patriotes, socialistes, communistes, juifs, chrétiens, etc. Mais archives et témoignages ont permis de situer précisément trois détenus : Marc Bloch, Raymond Aubrac et Jean Moulin. Alors on entre dans la cellule comme dans un sanctuaire et on est pris par l’émotion. Parce qu’on entre avec cette idée que ça a eu lieu ici-même. Chacun, entre les interrogatoires, a été ramené dans la pièce précise où on se trouve.

C’est toute la différence entre un lieu de transmission de connaissance scientifique, même quand celui-ci est marqué par l’histoire (c’est dans les caves du bâtiment que les résistants étaient torturés) et un lieu de recueillement. L’accès à Montluc est d’ailleurs gratuit.

Comme un lieu de pèlerinage.

Lyon, lieu de mémoire.

Les brefs éclats de rire des cuivres de l’été…

Ce mois de juin qui s’achève bientôt a été placé sous le signe du nomadisme.
J’ai multiplié les allers retours entre Paris et le Limousin. Comme vous avez pu le voir sur les différents supports du projet (Facebook et site unpassetrespresent.com), soit qu’elles aient été le but de mon voyage, soit qu’elles se soient trouvées fortuitement sur ma route, mémoire et histoire m’ont accompagné tout le temps.
Cette semaine, c’est à Lyon que je vais chercher l’inspiration avant de regagner le Limousin. J’y referai en séjour à la fin du mois qui se complétera par la découverte d’un autre lieu chargé d’histoire et de mémoire : le Vercors.
Jai eu également quelques tracasseries. Mais maintenant, je peux le dire : le projet Un passé très présent s’apprête à vivre une avancée décisive. Je vais consacrer une large plage de temps au mois de juillet à un bout à bout, une écriture et un prémontage de tout ce que j’ai accumulé depuis le début du projet. Une somme.
Ce qui veut dire que j’aurai sûrement dans un mois quelque chose qui commencera à ressembler à un film.
Pour mes Alliés comme pour moi, ce sera le mois le plus long…

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Quelques jours sur les routes…

Ces derniers temps m’ont vu parcourir un certain nombre de kilomètres pour différents projets en cours. La première étape m’a mené à l’Armada de Rouen pour le site portsetcorridors.com, site dédié à la logistique portuaire et maritime sur lequel je travaille avec mon ami Hervé Deiss. Où je ne m’attendais pas à croiser des navires de la France libre.
Le week-end qui a suivi m’a vu parcourir à nouveau les routes de la Haute-Vienne sur des chemins de mémoire. D’une part, le musée de la résistance de Peyrat-le-Château fétait ses 20 ans.
D’autre part, la commune de Saint Paul organisait avec l’AFMD la Fête de la Fraternité. Là encore, un évènement mêlant passé et présent, puisqu’elle faisait le lien entre réfugiés d’aujourd’hui et histoire des internés du régime de Vichy. La Haute Vienne a accueilli 3 camps d’internement pendant la guerre. Un provisoire à Saint Germain les Belles, deux plus importants à Saint Paul et Nexon. Celui de Saint Paul est libéré par un coup de main des FTP le 11 juin 1944. Le camp de Nexon devient, lui, en 1942, camp de transit vers Drancy et les camps de concentration en Allemagne. Ces camps servent à partir de la libération à l’internement des prisonniers allemands dont beaucoup restent jusqu’en 1948 pour travailler en France.

Les frégates L’Etoile et la Belle Poule sont les premiers navires des Forces Navales Françaises Libres. Arrivées en Angleterre le 19 juin 1940, elles servent de bateau-école, fonction qu’elles n’ont jamais quitté depuis. Elles étaient présentes à l’Armada de Rouen. Le drapeau des FNFL flotte toujours à la proue.
Les enfants de l’école de Saint Paul chantent pour l’ouverture de la Fête de la Fraternité organisée par la commune et les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. Leur chant, c’est celui composé par les internés du camp de Saint Paul, exhumé des archives et des mémoires.
Randonnée en direction du camp de Saint Paul. En réalité, l’association de rando avait mis sa touche à la commémoration : 500 mètres de route goudronnée séparent le bourg de Saint Paul de son camp.
Guy Perlier, historien, artisan de l’exhumation de l’histoire de l’internement en Haute-Vienne, raconte sur les lieux.
La stèle du camp de Nexon.
La traction FFI du musée de la résistance de Peyrat le château.
Le château de Peyrat.
Le 15 juin, Fabrice Grenard faisait un retour en Haute-Vienne pour une conférence sur la traque des résistants, thème de son dernier ouvrage paru au printemps.
Là, au milieu des arbres, on distingue le viaduc de Bussy-Varache, à quelques kilomètres d’Eymoutiers, sur la ligne Limoges Ussel. Le 13 mars 1943, un groupe de maquisards de Guingouin fait sauter une pile du viaduc.