J’écris ton nom…

Écoutez la chronique radio en cliquant sur l’image.

Faute de temps pour moi-même écrire, je me permets de relayer ici ces mots d’Aurélien Bellanger hier matin sur France Culture.

La conclusion du 4 septembre, 8h45

Sans doute que la poésie a chanté la geste de la résistance parce que celle-ci opposait à ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture (Goebbels) ceux qui quand on leur proposait de sacrifier au budget de la guerre celui de la culture répondirent : « mais alors pourquoi nous battons nous ? » (Churchill)

Je pose ça là brièvement comme une note pour plus tard.

À réfléchir aussi, ce passage par la commune de Peyrat le Château et son monument au mort. Deux remarques : la liste des tués de 39-45 est impressionnante ; les morts de Peyrat ne sont pas « Morts pour la France » mais « victimes de la guerre ».

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« Le vote socialiste pour faire barrage aux communistes »

Hier, M. Viroulaud, adjoint au maire de la ville de Limoges, m’a accordé une interview dans une salle de travail du musée de la Résistance en sa qualité d’adjoint en charge de la mémoire et des anciens combattants.

M. Viroulaud milite dans la droite limougeaude depuis le milieu des années 1990, ce qui lui a valu de nombreux revers électoraux comme il se plait à le rappeler avec le sourire. Jusqu’à ce qu’un désistement lui permette de devenir conseiller municipal en 2010. Et surtout, jusqu’aux élections municipales 2014, où Limoges, bastion socialiste, bascula à droite avec la victoire de la liste d’Émile-Roger Lombertie.

Symboliquement, 2014 est un choc. Léon Betoulle, de la SFIO, tient la mairie de 1912 à 1941 où il est destitué par Vichy et remplacé par André Faure, représentant de la droite limougeaude avant-guerre. Betoulle, pourtant, avait voté les pleins pouvoirs. En 1944, c’est donc le communiste Henri Chadourne qui assure l’intérim. Le musée de la Résistance porte d’ailleurs son nom. Les élections de 1945 portent alors Georges Guingouin à la mairie. Puis, en 1947, Léon Betoulle reprend la mairie jusqu’à sa mort en 1956 ou lui succèdent, jusqu’à 2014, les socialistes Longequeue et Rodet.

Comme évoqué avec M.Savy, ancien président de région, la vie politique limougeaude s’est longtemps construite sur une opposition entre socialistes et communistes. M.Viroulaud affiche pour sa part sa conviction : les longues années de faiblesse des forces de droite et du centre sont sans doute dues à un report des voies vers un barrage au parti communiste.

Cela ne résume pas, néanmoins, l’entretien que nous avons eu avec M.Viroulaud au sujet de ses fonctions à la mémoire et aux anciens combattants et à la place laissée à la mémoire de la Résistance dans l’espace public limougeaud.

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Le prix fort de la libération

Le marteau et l’enclume 2/3

Brest, comme d’autres villes ne retrouve pas, après-guerre, sa structure urbaine d’origine. Des villes ressurgissent de terre quasiment ex-nihilo.

La période de la libération à l’été 44 regroupe en fait des réalités très diverses. Deux lignes de fronts s’ouvrent sur le territoire français métropolitain, sur deux de ses axes géographiques structurants :

Dans cette même logique stratégique, les Alliés comme l’occupant n’ont pas trop de troupes et de ressources à disperser dans ce qu’on appelle depuis le XIXe siècle la diagonale du vide ou en 1947 le « désert français » (Jean-François Gravier).

On distingue déjà cette logique territoriale en juillet 1944 lors de l’Opération Cadillac, qui parachute massivement du matériel aux maquis bretons, limousins, auvergnats et alpins dans le but de couper la France en deux en prévision du débarquement de Provence. En armant et accentuant l’hostilité pour l’occupant de ces zones défendables, les Alliés ont à la fois l’avantage d’aider la résistance intérieure française qui brule de prendre part à la Libération, d’occuper les forces allemandes à l’arrière de leur ligne de front et les empêcher d’y installer des poches de résistances. Ceci notamment expliquant la férocité des troupes allemandes contre les Glières, le Vercors ou les maquis de l’Ain. Tenir le Vercors, c’est menacer ou protéger Grenoble, donc une des voies de sorties pour des troupes occupant l’ancienne zone italienne, passée à l’Allemagne après l’effondrement de l’Italie fasciste à l’hiver 1943.

L’évacuation barbare

Le 17 août, Hitler ordonne un repli général.
Plus d’un demi-million de soldats allemands (ou d’unités auxiliaires, d’autres nationalités, de forces de police politique et de collaborateurs divers) doivent éviter d’être bloqués avant la fermeture des passages sur la Loire et la Seine. On acte parfois la fin de la bataille de Normandie au 29 août, fin des opérations allemandes de repli à l’est du fleuve. Les alliés en atteignent les rives le 18. Les SAS français qui se sont illustrés en Bretagne au début de l’invasion sont envoyés en renfort des missions SOE et OSS dispatchées auprès des FFI pour harceler les dernières colonnes au mois de septembre dans un secteur le long de la Loire entre Moulins et Orléans. C’est l’opération Spencer.
Von Choltitz a notamment pour mission de garder le passage d’évacuation pour les troupes quittant la Normandie. Avec bien sûr ordre de tout détruire derrière lui, ordre commun à toutes les unités allemandes qui se replient.

Front ouest au 1er septembre

Restent principalement des poches de résistance à des endroits stratégiques : des ports, comme la Rochelle et des embouchures comme celle de la Gironde (Royan et Pointe de Grave). De fait, de nombreuses localités se libèrent avec les forces locales. Agen est investie par les FFI au départ de la garnison allemande. Brive est libérée le 15 août après quelques heures de combat. Le 22, la brigade Von Jesser qui a sillonné les 3 départements limousins en traquant les maquisards depuis juin et est revenue dégager les garnisons de Tulle et Ussel quitte la Corrèze définitivement. La veille, toute une série de villes, dont Limoges, ont été libérées.

Le 25 août 1944, alors que Paris est libérée, le village de Maillé, bien plus à l’ouest, en Touraine , est détruit. Plus d’une centaine de ses habitants sont massacrés. Le 24, c’était Buchères, dans l’Aube. Des massacres ont lieu en France jusqu’à la fin du mois de septembre, y compris dans des secteurs qui auraient pu paraitre hors de danger (Charente-Maritime, Saône et Loire). La liste des lieux d’exécutions dressée par le Maitron est édifiante.

Alors que depuis le 12 août, la préparation de la Libération de Limoges entraine des accrochages en divers endroits, ils sont plusieurs maquisards à être exécutés par les troupes occupantes qui ne leur reconnaissent pas le statut « protecteur » de combattants, donc de blessés ou prisonniers de guerre.

De la Corse, qui se libère presque seule en 1943 aux poches de l’Atlantique qui ne tombent qu’en mai 1945 ou à l’Alsace et la Moselle annexées par le IIIe Reich, la réalité et le ressenti sont différents. En termes de mémoire, naturellement, les manifestations de la mémoire diffèrent.

Des expériences de la guerre différentes

Un officier de terrain américain a écrit dans ses mémoires de la bataille de Normandie avoir été surpris de l’accueil pour le moins réservé des normands pour leurs libérateurs. Les Alliés, parfaitement au fait de la bataille de propagande en cours, eurent soin, sinon d’annoncer leurs bombardements aux populations civiles, du moins d’assurer aussi le largage de tracts expliquant la raison de ceux-ci.

Il n’empêche que la mémoire des normands et des bretons est marquée par ces ravages.

À titre d’exemple, la commune d’Evrecy, à une quinzaine de kilomètres au sud de Caen, perd 130 habitants sur 400 et la quasi totalité de son bâti dans la nuit du 14 au 15 juin 1944. Le sentiment de Libération y est pour le moins ambivalent (voir vidéo suivante : « Je leur en veux et je leur en veux pas, ils nous ont quand-même débarrassé des boches. » ).
Se trouvent donc sur la commune le monument aux morts du bombardement et celui du régiment gallois qui a libéré la commune.

Il est certain que le travail de mémoire n’y est pas le même qu’il peut l’être dans une commune de la montagne limousine qui ne s’est pas retrouvée sur la ligne de front principale. Non que la guerre n’y soit pas passée, avec son lot de violences et de crimes. Non que Limoges, par exemple, n’ait pas été bombardée : la gare de Bénédictins est bombardée en juin 1940, la gare de triage de Puy Imbert et l’Arsenal, l’usine de camions, le sont en février et juin 1944. Non encore que les forces allemandes n’y aient pas pratiqué une occupation brutale. Tulle, Oradour sont les exemples les plus connues, mais dès le printemps 1944, plusieurs colonnes allemandes passent semer la terreur pour essayer de chasser les maquis de ce terrain qui leur est propice.

Bombardement de la gare de Puy Imbert à Limoges fin juin 1944.

Petit aparté : contrairement à ce qui a pu être publié en certains endroits, les exactions de la Das Reich ne sont pas des représailles au harcèlement des maquisards locaux. L’ordre de marche du 7 juin pour la 2e division blindée SS est bien dans un premier temps de venir terroriser la population et les maquis, de peur de voir une poche de résistance se développer dans leur dos alors que la bataille de Normandie débute. Donc inutile de leur chercher des circonstances atténuantes pour Oradour ou les meurtres des civils de Tulle, ils étaient là pour tuer.

On ne parle tout de même pas du même niveau de destruction. Par ailleurs, le Limousin, comme une grande partie du massif central et du quart sud-ouest, n’aura vu, à la fin de la guerre, que très peu de soldats alliés. Seuls les agents du SOE ou de l’OSS parachutés en soutien des maquis ont pu montrer un peu leur uniforme aux populations locales. Ce qui en terme de marque laissée dans les esprits n’est pas non plus comparable au déferlement de matériel siglé et de GI’s.

Comme je passai par Saint Lo dans la Manche récemment, une habitante des environs m’expliquait que l’hôpital de la ville était américain. Détruit par les combats de juillet 1944, l’hôpital est reconstruit à partir de 1947 avec des fonds de l’American Aid to France. C’est à la foi un acte philanthrope, mais aussi un démonstration de soft power en début de guerre froide.

De fait, une très grande bannière étoilée flotte à sa porte, faisant écho aux centaines de drapeaux des pays alliés qui flottent aux devantures des cafés et commerces de ces communes.

En résumé

Il y a dans la France de l’automne 1944, les prémices de la mémoire qui se mettent en place. Ceci se fait avec un passé immédiat ou très proche encore partiellement inconnu. L’armée des ombres ne commence qu’à peine à en sortir. Quant aux camps, ils ne sont pas encore libérés. Entre les différents régimes d’occupation du territoire, le terreau politique préexistant de celui-ci et le passage ou non des combats de la Libération, les territoires français partent déjà avec un vécu différent, qui imprime une mémoire différente. Ce qui est certain, c’est que le soulagement certain du départ de l’armée occupante ne peut faire oublier les deuils. Quant aux enjeux politiques immédiats, ils vont contribuer à teinter la mémoire de la période écoulée.

La Libération, c’est aussi, sur cette charnière d’aout septembre, le moment où la France Libre change de visage. Ce que nous verrons dans le troisième épisode de cet article feuilleton.

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Culture populaire et mémoire : feuilletons quelques comics.

Deuxième épisode dans la pop-culture après mon badinage sur OSS 117.

J’ai eu la surprise de croiser un de mes enseignants sur les réseaux sociaux.
Non que j’ai trouvé son compte Facebook, tout enseignant se voyant confier des adolescents se méfie. Simplement une vidéo de France Culture me donnant la bonne surprise d’un visage familier.

Mon prof de SVT (il y a quelques années, faut-il le préciser ?), qui avait fait découvrir les vitamines à ma classe avec l’aide de Jacques Tourneur fait aussi autorité en matière de Comics.

Son interview en cliquant sur l’image.

Et cette émission plus longue, diffusée plus tôt dans le mois d’août.

Or le saviez-vous ? Un des pères du Comics américain, Jack Kirby, était un immigré juif autrichien. Forcément, un des premiers « supervillains » a recevoir quelques gnons sous la plume de Kirby fut Adolf Hitler.

Captain America est un protecteur des États-Unis contre les nazis. Magneto, l’ami/ennemi du Professeur Xavier, des X Men, est rescapé de la Shoah. Wolverine un mutant devenu arme de guerre dans un programme secret pour le Canada.

On pourra lire également le Super-Héros, une histoire politique, de William Blanc chez Libertalia.

C’était une parenthèse pour fin de mois d’août, avant d’envisager la rentrée, en plus d’une nouvelle démonstration brillante que la mémoire est partout. Étonnant ? Pas vraiment, si on écoute de nouveau l’interview que m’a accordé le Pr Corcos.

La prochaine escapade en pop culture tentera de tirer quelques larmes aux anciens lecteurs du journal Spirou avec Mister Kit alias l’oncle Paul.

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Humilité

Un trouvaille ce matin, grâce au Maitron : cet article de Cécile Vast, historienne du laboratoire de Recherches historiques Rhône-Alpes, LARHRA – CNRS (Besançon). Une historienne dont je connaissais l’existence depuis quelques temps que je travaille sur le sujet. Mais dont je découvre aujourd’hui la pertinence, au travers de cet article qui me semble particulièrement intéressant.

L’article est à lire en cliquant ici.

Comme l’émission d’hier, je ne m’appesantirai pas à vouloir apporter mon grain de sel sur un sujet où je ne suis qu’un disciple.
Une simple observation : il me semble avoir lu dans ces lignes une nouvelle façon d’exprimer ce qui est le fil rouge de ma réflexion depuis que j’ai décidé de consacrer un documentaire à la Résistance en Limousin.

La réalité de la Résistance, ce ne sont pas des idées préconçues et des images folkloriques dont on croit devoir draper cette histoire dès lors qu’on l’adresse à un grand public. En réalité, comme l’a déjà très bien souligné Laurent Douzou dans son excellent La Résistance Française, une histoire périlleuse, la France des années 40 est un objet historique particulier. Les historiens de profession d’après-guerre qui se sont penchés sur la question ont eu à composer avec une complexité particulière dans l’exercice de leur métier : l’Histoire immédiate est un exercice difficile en ce qu’il confronte un certain nombre d’acteurs de leur vivant, d’une part ; d’autre part, cette confrontation est d’autant plus présente quand une partie de ces historiens ont eux-mêmes fait partie de ces réseaux. La génération d’historiens d’aujourd’hui commence à pouvoir désormais travailler dans des conditions différentes : un détachement temporel et parfois personnel plus fort et des archives encore récemment inédites qui viennent de s’ouvrir (archives du PCF, archives de la répression, etc.).

Pour parler de cette période, il s’agit donc surtout de faire preuve d’une grande humilité. Nous qui, pour la plupart d’entre nous, n’avons pas été confrontés au choc de 1940 et aux dilemmes moraux de la France occupée et en avons somme toute été préservés par les générations qui les ont traversés ne savons rien d’expérience. Quant à la connaissance historique déjà riche, elle apporte encore de nos jours de nouveaux éléments. Ce n’est que tout récemment, pour ne citer qu’un exemple, que l’on apprend que Jean Cavaillès est mort plus tard que le jour de son exécution supposée.

Sans être naïf sur les ralliements tardifs et l’ambiguïté de la nature humaine, le ton péremptoire n’est souvent pas adapté.

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Un tour en Morvan

Le site devient ces jours-ci un véritable guide touristique. C’est sûrement dans l’air du temps.
Après un tour dans le Vercors, l’historien William Blanc, dont je vous ai déjà signalé le travail sur les Historiens de Garde et les usages de l’histoire médiévale – son domaine- dans la culture populaire et les usages politiques, a eu la gentillesse de m’adresser une émission de radio qu’il a faite il y a 6 ans sur l’ouvrage d’Yves Boursier, professeur en Anthropologie à l’université de Nice : Armand Simonnot, bûcheron du Morvan : Communisme, Résistance, Maquis.

Une découverte pour moi et une émission de mon point de vue passionnante.

Entre rapports avec l’appareil central du PCF avant, pendant et après la guerre, territoires et populations rurales et expérience maquisarde, sans surprise, le nom de Georges Guingouin revient régulièrement et des comparaisons sont faîtes.

Plutôt que de m’appesantir dans une analyse personnelle pour laquelle je n’ai pas assez de temps immédiatement, je vous invite à aller découvrir cette émission de radio par vous même.

Une émission à écouter en cliquant sur cette image :

Lire directement la présentation de l’émission sur le site pour consulter notamment ses références et sources en cliquant ici.

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Mur, as-tu des oreilles ?

Je vous montrais l’autre jour une photo de ce que pourrait être l’ambiance d’intro du film.
Place aujourd’hui à la musique.

Ce projet est teinté de jazz.

C’est donc avec Méfions nous d’Epicure de mes amis de MOOP (à écouter ici) que je vais commencer mon film.

Parce que l’album Chronique de Résistances des Editions NATO est un des axes de mon travail.

Les mots de Gatti sur la musique d’Hymas.

Parce que le jazz, c’est la musique des années 30-50. Arrivée avec le corps expéditionnaire Pershing en 1918, cette musique se diffuse en Europe au cours des années 20-30. Et qu’aujourd’hui on en joue encore avec talents : le catalogue de NATO ou mes amis du groupe MOOP en sont la preuve.

Parce que Vichy censurait le jazz, musique « décadente ». Et dans une certaine mesure, avoir été interdit par Vichy est un critère de désirabilité.

Et puis, pour citer Churchill, à qui on proposait de réduire les budgets dédiés aux arts pour les dédier à l’effort de guerre : « Alors pourquoi nous battons-nous ? »

Affiche de 1940

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