
Une de mes lectures du moment m’a amené à l’ouvrage La Lutte clandestine en France, sorti récemment aux éditions du Seuil.
Trois historiens, spécialistes de la Résistance, se sont lancés il y a quelques années dans l’écriture d’une histoire anglée sur l’organisation clandestine et les relations politiques qui amènent, à partir de 1940, d’un simple refus de la défaite à la mise en place du Conseil National de la Résistance (CNR) au printemps 1943.
Une approche croisée : trois regards, une seule plume
Inutile de vous présenter de nouveau Laurent Douzou, que j’ai interviewé ici. Il s’est associé pour ce projet à deux autres chercheurs d’excellence :
- Sébastien Albertelli : spécialiste du renseignement militaire de la France Libre (le BCRA). Sa connaissance du « 2e bureau » apporte un éclairage crucial sur les réseaux d’agents en service sur le territoire occupé.
- Julien Blanc : auteur d’une thèse remarquée sur le réseau du Musée de l’Homme, il apporte sa maîtrise de la résistance civile et pionnière.
Ce qui rend ce livre unique, c’est la démarche d’écriture en commun. Là où l’usage voudrait que chaque spécialiste traite sa partie, ils ont choisi d’écrire ensemble l’intégralité de l’ouvrage. En décloisonnant ainsi leurs approches, ils offrent une fluidité narrative et un intérêt didactique rare. L’absence de notes de bas de page, notamment, permet de garder le fil de ce récit choral sans sacrifier la rigueur scientifique.
Les visages de l’invisible : d’Astier, Aubrac et les autres
Pour rigoureux qu’il soit, ce récit est profondément émouvant. On y redécouvre la Résistance alors qu’elle n’est « rien » dans le chaos de l’été 1940. On se replonge dans les premières prises de contacts, comme celles de Lucie Samuel (la future Lucie Aubrac) sondant anonymement son entourage pour tester les réactions et identifier à qui se fier.
Le portrait d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie est particulièrement marquant. Ce dandy, ancien militant de l’Action Française retourné politiquement par les années 30, incarne la complexité de l’engagement. L’ouvrage relate avec une humanité saisissante son combat contre son addiction à l’opium, incompatible avec la clandestinité, qu’il vaincra seul, enfermé chez lui à force de bains chauds.
À la même époque, à Limoges, Armand Dutreix organise ses réseaux sur la base de ses relations politiques et fraternelles : socialistes et francs-maçons.
Conclusions sur une lecture ardente
C’est une lecture passionnante qui permet de voir ces premiers modes d’organisation se mettre en place de façon organique. On ne peut être qu’en admiration devant la ténacité qu’ont exigé ces efforts, malgré les échecs et surtout l’abattement général de la population française en 1940-1941.
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