LE HÉRAUT DU DÉBARQUEMENT

Cornelius Ryan (1920 – 1974)

Cornelius Ryan et « Le Jour le Plus Long » : un récit épique du débarquement de Normandie

Le 5 juin 2020 marquait le centenaire de la naissance de Cornelius Ryan (1920-1974), journaliste et auteur irlandais renommé. Son œuvre majeure, « Le Jour le Plus Long », publiée en 1959, reste une référence incontournable sur le débarquement de Normandie du 6 juin 1944. Cornelius Ryan, né à Dublin en 1920 et décédé en 1974, était un journaliste et auteur irlando-américain célèbre pour ses récits des événements marquants de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir débuté sa carrière comme correspondant de guerre pour le Daily Telegraph, il a couvert des événements majeurs tels que le Débarquement de Normandie et la bataille de Berlin. C’est son style d’écriture immersif, combinant une recherche approfondie avec des témoignages personnels, qui a donné naissance à des œuvres historiques renommées telles que Le Jour le plus long, La Dernière Bataille et Un pont trop loin.

 

Il aurait eu 100 ans hier. Et l’évènement par lequel il se rendit célèbre eût lieu il y a 76 ans.
Cornelius Ryan est né à Dublin le 5 juin 1920. Émigré en Angleterre, il devient journaliste. Et dès 1941, correspondant de guerre du Daily Telegraph.
À ce titre, il couvre les combats de la Libération : la campagne aérienne pour la suprématie sur le ciel européen puis la campagne sur le sol européen avec la 3e armée américaine de Patton. Il couvre ensuite le théâtre d’opérations du Pacifique et la fin du mandat britannique en Palestine.
Puis il émigre de nouveau. Pour les États-Unis, cette fois. Là, notamment pour Collier’s, il couvre, en autre, la conquête spatiale. Il commence alors à jouir d’une certaine renommée.
C’est en 1959 qu’il sort son ouvrage le plus connu : le jour le plus long. Quinze ans après les faits, et après neuf années de recherche de témoins, un millier d’entretiens avec des acteurs et témoins de l’époque, Cornelius Ryan publie la grande fresque épique du débarquement de Normandie.
C’est un succès : le livre se vend à 10 millions d’exemplaires dans 18 langues. De quoi donner des idées à Hollywood, à l’âge d’or des super productions, l’année de la sortie de Ben-Hur.

 


Trois ans plus tard, Hollywood lui emboîte le pas. La XXth Century Fox produit l’adaptation pour dix millions de dollars. Six réalisateurs, dont les producteurs Elmo Williams et Daryl Zanuck, encadrent un casting pléthorique : plus de cent vingt rôles britanniques, américains, français ou allemands, plus de deux mille figurants. Une super-production à l’image des gros standards d’Hollywood à l’époque. L’année suivante, Cléopatre coûte quatre fois plus cher. Un record.

Avec une certaine logique, une production d’une telle ampleur appuie sur un consensus. Qui fonctionne, d’ailleurs : dans . Nous sommes moins de 20 ans après la guerre. Une partie des acteurs au casting du film a d’ailleurs combattu. L’acteur britannique Richard Todd, notamment, qui incarne le major John Howard – (« Vous tiendrez jusqu’à ce qu’on vous relève. » – a lui-même été parachuté à quelques kilomètres du pont Pegasus le 6 juin.  Dans les pays ciblés pour la distribution, c’est à dire le bloc de l’ouest, un consensus se fait sur le sens de l’évènement. Ainsi, John Wayne, en colonel de la 82e division aéroportée, a cette tirade : « les Anglais subissent le Blitz depuis 1940. Nous sommes des nouveaux venus. » Mais pas une seule évocation du front de l’est dans le film ou dans le livre.
En pleine guerre froide, il aurait été malvenu de rappeler le rôle de l’URSS dans l’effondrement du IIIe Reich. Ou d’évoquer l’offensive Bagration, lancée par Staline en juin 1944. La percée à travers la Biélorussie est pourtant le pendant oriental de la percée des armées alliées en France au cours de l’été 1944.
On notera également que, dans une Europe où l’Allemagne de l’Ouest a retrouvé sa place, tous les rôles allemands font l’économie d’évoquer le nazisme et l’antisémitisme. Contrairement au « Soldat Ryan » de Spielberg, il n’y a pas au casting de soldat juif qui récolte les poignards des jeunesses hitlériennes ou prend le temps de montrer aux prisonniers allemands l’étoile de David qui orne sa plaque d’identification.
Quand aux fameux « panzers de réserve » réclamés par les stratèges allemands, l’appartenance de certaines unités à la Waffen SS passe aux oubliettes.
Du reste, Le jour le plus long, produit avant la guerre du Vietnam, est nettement différent de son « petit frère » Un pont trop loin. Publié par un Cornelius Ryan mourrant, en 1974, ce dernier, à travers l’échec de Market Garden, semble marqué par le discrédit qui s’est attaché à l’institution militaire après les guerres de la décolonisation. Et en particulier après la guerre du Vietnam.

Le jour le plus long, comme Un pont trop loin, sont donc à prendre pour ce qu’ils sont : des ouvrages de mémoire. Il est aussi important de ne pas perdre de vue que c’est beaucoup par le premier – et en particulier son adaptation – que s’est ancrée dans les mémoires la représentation du débarquement du 6 juin 1944.

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