La carrière de Jean-Marie Le Pen, mort le 7 janvier 2025, a été très fortement marqué par une certaine mémoire de la IIe guerre mondiale, de la mort de son père victime collatérale de la guerre sous-marine à un rendez-vous manqué avec la résistance, de la fondation de son parti de rassemblement des extrêmes droites avec des anciens de la Waffen SS aux innombrables provocations antisémites.

Cette photo, ma grand-mère l’avait découpée dans la presse et la gardait dans une soupière fourre-tout (« vous l’avez, le plat ? » demanderait Gad Elmaleh.)
« Là, on voit qui il est réellement. Un bouledogue enragé. Je garde ça pour pas l’oublier. »
À l’époque, lors des soirées électorales, quand il y avait du FN au deuxième tour, elle veillait jusqu’à ce que les derniers résultats tombent, dans des circonscriptions où pourtant elle ne mettrait jamais les pieds. Et quand le barrage avait fonctionné, elle se servait un des rares verres qu’elle s’autorisait et allait se coucher.
Et puis il y a eu 2002. Puis la mort de Guingouin. Puis ma grand-mère m’a pour la deuxième et dernière fois de sa vie raconté Oradour et l’officier de la Kommandantur lui disant « Madame, s’il s’était passé quelque chose à Oradour, croyez-bien qu’on en serait les premiers informés. »
Puis elle n’a plus rien dit du tout et s’est enfermée en elle-même et sa mémoire a commencé à la quitter.
Le borgne a voulu toute sa vie rejouer un match qu’il n’avait pas joué, rejeté par les FFI parce que trop jeune*.
Elle, elle savait ce qu’il s’était passé sur le pré.
Ce n’est pas un détail.
* En 1944, il a 16 ans et il est pupille de la nation depuis un an et demi après le naufrage, fin 1942, qui a couté la vie à son père, patron pêcheur, ayant accroché une mine sous-marine dans son chalut.