In memoriam… praesentem

Les latinistes me pardonneront si j’ai mal jugé de l’usage d’un accusatif ici.

Alors que l’heure est au deuil et à la commémoration pour un ancien président de la République, France Info a publié un article en ligne évoquant une anecdote s’étant déroulée dans le cadre de commémorations officielles liées à la deuxième guerre mondiale.

Commémoration et passation de pouvoir.

Le 25 aout 1994, Paris célèbre les 50 ans de sa libération. Y assistent trois hommes : Jacques Chirac, Maire de Paris, François Mitterrand, Président de la République, Edouard Balladur, Premier Ministre. L’ami de trente ans du premier est désormais rival dans la course à la succession du deuxième, lui-même ancien rival du premier qui fût son premier ministre.

Gravement malade, (il lui reste à peine plus de deux ans à vivre) Mitterrand prétexte une pause dans le protocole des commémorations pour planter là le Premier Ministre et s’isoler avec le Maire de Paris. Ce faisant, il adoube l’un comme son successeur et humilie l’autre. Ce cérémonial pèse t’il dans les mois qui suivent ?
De fait, c’est Jacques Chirac qui remporte les élections présidentielles de 1995.

Au delà de l’aspect anecdotique de cette petite histoire, il est intéressant de noter la place prise par les affaires politiques du moment dans une cérémonie dont la vocation première est le souvenir.

La France tourne autour du Vélodrome.

On retiendra notamment de Jacques Chirac qu’il fût le premier Président à évoquer, lors des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv, le rôle de la France dans la déportation des juifs de France. Il rompt ce jour-là, le 16 juillet 1995, avec la doctrine gaulliste : Vichy, ce n’était pas la France. Sans doute était-il temps, cinquante trois ans après, que la France le reconnaisse. Mais sans doute que l’âge de Jacques Chirac n’est pas pour rien dans cette prise d’acte mémorielle. Car Jacques Chirac, c’est le premier président de la Ve république a n’avoir pas été acteur de la deuxième guerre mondiale. Né en 1932, il n’a que 12 ans à la Libération. Avant lui, après De Gaulle, Pompidou, Poher (intérim) et Mitterrand ont eu un rôle pendant la guerre. Même si celui de Pompidou fût de ne pas se faire remarquer. Même le plus jeune de ses prédécesseurs, Valéry Giscard-D’Estaing, né en 1926, s’engage dans l’Armée De Lattre à la Libération de Paris, à laquelle il a participé. Tous les successeurs de Jacques Chirac sont nés après guerre, ce qui n’a empêché aucun d’entre eux de faire aussi acte de mémoire. Sarkozy puis Macron aux Glières, Hollande en faisant entrer quatre figures de la Résistance au Panthéon ou encore Macron revenant au Vel d’Hiv’, vingt-deux ans après le discours de Chirac, et allant plus loin, alors que la France connaît un regain inquiétant d’antisémitisme : c’est bien la France qui a organisé la rafle. Hollande avant lui : »le crime fut commis en France par la France ».

Une façon d’être au monde

Au Vélodrome d’Hiver, c’est la France qui regarde sa propre culpabilité. Et les contingences politiques jouent, naturellement. Sarkozy, tout à une ligne politique contre ce qu’il appelle « la repentance », ne fait pas de discours au Vel d’Hiv’, tout en se déclarant dans la continuité de Jacques Chirac. Il commande d’ailleurs un rapport à l’historien André Kaspi sur « la modernisation des commémorations publiques ».
Un rapport qui prône une réduction du nombre de dates commémorées, une décentralisation des commémorations et de nouvelles formes de transmissions.

Le rapport de novembre 2008 propose par ailleurs la conservation de dates d’importance, à l’exemple de ce qui s’est fait le 6 juin 2004 en Normandie pour les 60 ans du débarquement.

Pour les commémorations de cet évènement d’ampleur internationale, naturellement, c’est le monde qui se penche sur lui-même, avec la France dans le rôle de la puissance invitante.
Dès 1945, des cérémonies se tiennent en présence d’élus locaux et de quelques officiels, notamment l’ambassadeur des Etats-Unis. Le vingtième anniversaire se déroule dans une France gaullienne, dont un des axes politiques majeurs est l’indépendance vis-à-vis des États-Unis. De Gaulle y envoie un ministre affirmer que c’est la Résistance française qui a permis la réussite du débarquement. Les années 60 et 70 sont, de plus, pour la plupart des pays concernés par les commémorations, des années de guerre dans les anciennes colonies.

C’est en 1984 que ces commémorations reviennent sur le devant de la scène internationale. Dans le contexte de nouvelles tensions de la guerre froide, les pays de l’Ouest tiennent à remettre en avant l’ouverture du second front dans les mémoires. « America is back », le slogan de campagne de Ronald Reagan se traduit aussi sur les plages du débarquement. Le Républicain est le premier président des États-Unis à venir à titre officiel en Normandie, après un passage en 1978 de Jimmy Carter à titre privé. Les commémorations quinquennales deviennent un évènement diplomatique axées non plus sur la victoire des Alliés mais sur le retour de la paix, avec l’invitation de l’Allemagne en 2004. Le 70e anniversaire, en 2014, est l’occasion pour la France d’échanges dans une situation diplomatique tendue : sont présents Vladimir Poutine, président russe et Petro Porochenko, président ukrainien, en pleine crise du Donbass. En 2019, c’est dans le contexte de relations difficiles entre l’administration Trump et nombre de chancelleries du monde et de la valse-hésitation autour du Brexit que se commémorent les 75 ans d’Overlord.

Je n’ai pas forcément de conclusion définitive à ces observations. Je m’en tirerais avec Thomas Mann, qui disait que la mort d’un homme est d’avantage l’affaire des survivants que la sienne. Élégante pirouette pour vous laisser en pleine réflexion.

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Notes sur « Brève euphorie » : le temps et l’espace.

Le travail sur le feuilleton août septembre 44 continue, mais il me conduit à faire des ajouts ou ouvrir des parenthèses sur ce que j’ai déjà écrit.

L’article Brève Euphorie, dans la série Le Marteau et l’Enclume, est ici.

Une vidéo en anglais qui me semble avoir l’intérêt didactique de remettre les lignes de front dans le temps et l’espace. Où on constate un certain nombre de réalités géographiques qui commandent à la stratégie : les lignes suivent souvent les reliefs et les grands fleuves.

La mi-septembre, comme évoquée précédemment, met les alliés face à un dilemme stratégique. Après le repli des troupes allemandes à l’est de la Seine, les forces allemandes se regroupent le long de la ligne Siegfreid, c’est à dire aux frontières du IIIe Reich. La ligne de front suit la frontière allemande (comprenant l’Alsace et la Moselle) et la frontière belgo-néerlandaise. Continuer une poussée vers l’est, c’est attaquer à travers un terrain peu favorable : les Vosges et les Ardennes principalement. L’état major allié ne doit nourrir que peu d’illusions sur la possibilité de surprendre l’état major allemand dans les Ardennes pour la revanche de 1940.

Le Field Marshall (depuis le 1er septembre) Montgommery propose alors un plan audacieux. Contourner par le nord la ligne Siegfried, pour franchir le Rhin à travers l’est des Pays-Bas et pénétrer en Allemagne par le nord en portant la pression sur l’industrie de la Ruhr, donc sur la capacité de production du IIIe Reich. Les difficultés rencontrées au même moment par les troupes américaines dans la région d’Aix-la-Chapelle, semblent appuyer ce choix stratégique. Le 14 septembre, la 1ère armée américaine attaque le secteur de la Forêt d’Hürtgen. Elle s’y use jusqu’à la fin du mois de janvier, y perd 30 000 hommes, dont 12000 morts. Ernest Hemingway, qui rapporte la guerre pour le magazine américain Collier’s établit plus tard un parallèle entre ce secteur du front et les combats menés dans les Flandres près de 30 ans auparavant. La guerre de mouvement s’enterre à nouveau.

L’Opération Market Garden vise donc à une poussée terrestre éclair appuyée par 3 divisions aéroportées chargées de la sécurisation des ponts : la 101e américaine dans le secteur d’Eindhoven, la 82e à Nimègue et la 1e aéroportée britannique à Arnhem. Cette opération se solde par un échec relatif : la percée est freinée tout au long du couloir de progression prévu et les parachutistes britanniques se trouvent pris au piège. Au lieu de percer en 4 jours le flanc du IIIe Reich, les alliés, après 9 jours, ont perdu l’effectif d’une division entière : 16 805 tués, blessés, disparus ou prisonniers.

Surtout, l’échec de Market Garden est le fait de la réorganisation du front allemand, sans doute mal estimé par les alliés. Malgré la perte de 300 000 hommes en Europe de l’Ouest depuis juin 1944 et les offensives soviétiques à l’est, l’armée allemande reste en capacité de défendre son territoire. En termes de commandement, les alliés, même s’ils ont acté qu’aucune armistice ne serait envisageable avec l’Allemagne nazie, contrairement à celle de novembre 1918, commencent à envisager aussi combien d’hommes et de matériel coûtera d’abattre le régime hitlérien.

Surtout, ils ont retardé l’effort de sécurisation de l’estuaire de l’Escaut et du port d’Anvers, crucial pour raccourcir enfin des lignes logistiques encore largement basée sur les capacités de Cherbourg, à plus de 700 kilomètres du front.

L’ouverture du second front assurée, donc l’issue du conflit avec l’Allemagne nazie se faisant entrevoir, les calculs et prévisions commencent à envisager plus que sérieusement l’après-guerre, et notamment le moment inévitable du partage. Les conférences de Bretton Woods en juillet (Fond Monétaire International et Banque Mondiale), de Dumbarton Oats en août (Nations Unies) de Québec en septembre (partage de l’occupation de l’Allemagne) et Moscou en octobre (partage des Balkans) dessinent déjà les blocs de la guerre froide.

Enfin, entre alliés étasuniens et ouest-européens, les rapports d’après-guerre commencent aussi à se dessiner. Le déploiement des forces alliées en Europe révèle celui-ci : avant la pénétration en Allemagne, l’US Army représente plus de 80% des troupes engagées. Montgommery, qui commandait l’ensemble des troupes terrestres alliés pour Overlord ne commande plus que les troupes britanniques et canadiennes au nord. Le poids politique des États européens s’affaiblit.

Sur Market Garden : le film Un pont trop loin de Richard Attenborough de 1977 est assez intéressant. Cadet de 15 ans de Le jour le plus long, il se base lui aussi sur un livre du journaliste irlandais naturalisé américain Cornelius Ryan. C’est aussi une œuvre mémorielle, servi elle-aussi par un casting plus que copieux (Steve McQueen, Roger Moore et Robert de Niro y refusèrent d’ailleurs chacun un rôle). Mais on note qu’avec la confrontation de l’opinion publique américaine à la réalité d’une guerre – celle du Vietnam en l’occurrence, le style est assez différent, pour ainsi dire plus cru. Les questions de casting devant d’ailleurs répondre à des enjeux commerciaux dans les différents marchés visés mériterait d’ailleurs une réflexion plus profondes. Mais je crains de devenir un peu long.

Sean Connery, Ryan O’Neal, Elliott Gould, Dirk Bogarde, Liv Ullmann, Gene Hackman, James Caan, Robert Redford, Anthony Hopkins… Hollywood, combien de divisions ?

Quant à moi, je ne fais pas un blockbuster, mais…

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Les ombres au crépuscule 2/2

Le 12 septembre était inaugurée l’exposition Morts pour la France au Mémorial de Montluc.

Comme indiqué précédemment, cette inauguration coïncidait avec le cinquantenaire de la sortie en salle de l’Armée des Ombres de Melville. Une projection avait donc lieu après l’inauguration.

Imaginez retentir cette musique de film dans les murs de la prison mémorial de Montluc.

L’exposition :

Morts pour la France est une exposition consacrée aux fusillés du champ de tir de la Doua. Terrain de manœuvre, d’entraînement au tir et caserne depuis son acquisition par le ministère de la Guerre sous la monarchie de juillet, ce coin de Villeurbanne en bord de Rhône a servi de lieu d’exécution et de charnier. A la libération, la Résistance en fait une nécropole nationale.

Le dossier de presse est disponible ici.

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J’écris ton nom…

Écoutez la chronique radio en cliquant sur l’image.

Faute de temps pour moi-même écrire, je me permets de relayer ici ces mots d’Aurélien Bellanger hier matin sur France Culture.

La conclusion du 4 septembre, 8h45

Sans doute que la poésie a chanté la geste de la résistance parce que celle-ci opposait à ceux qui sortaient leur revolver quand ils entendaient le mot culture (Goebbels) ceux qui quand on leur proposait de sacrifier au budget de la guerre celui de la culture répondirent : « mais alors pourquoi nous battons nous ? » (Churchill)

Je pose ça là brièvement comme une note pour plus tard.

À réfléchir aussi, ce passage par la commune de Peyrat le Château et son monument au mort. Deux remarques : la liste des tués de 39-45 est impressionnante ; les morts de Peyrat ne sont pas « Morts pour la France » mais « victimes de la guerre ».

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« Le vote socialiste pour faire barrage aux communistes »

Hier, M. Viroulaud, adjoint au maire de la ville de Limoges, m’a accordé une interview dans une salle de travail du musée de la Résistance en sa qualité d’adjoint en charge de la mémoire et des anciens combattants.

M. Viroulaud milite dans la droite limougeaude depuis le milieu des années 1990, ce qui lui a valu de nombreux revers électoraux comme il se plait à le rappeler avec le sourire. Jusqu’à ce qu’un désistement lui permette de devenir conseiller municipal en 2010. Et surtout, jusqu’aux élections municipales 2014, où Limoges, bastion socialiste, bascula à droite avec la victoire de la liste d’Émile-Roger Lombertie.

Symboliquement, 2014 est un choc. Léon Betoulle, de la SFIO, tient la mairie de 1912 à 1941 où il est destitué par Vichy et remplacé par André Faure, représentant de la droite limougeaude avant-guerre. Betoulle, pourtant, avait voté les pleins pouvoirs. En 1944, c’est donc le communiste Henri Chadourne qui assure l’intérim. Le musée de la Résistance porte d’ailleurs son nom. Les élections de 1945 portent alors Georges Guingouin à la mairie. Puis, en 1947, Léon Betoulle reprend la mairie jusqu’à sa mort en 1956 ou lui succèdent, jusqu’à 2014, les socialistes Longequeue et Rodet.

Comme évoqué avec M.Savy, ancien président de région, la vie politique limougeaude s’est longtemps construite sur une opposition entre socialistes et communistes. M.Viroulaud affiche pour sa part sa conviction : les longues années de faiblesse des forces de droite et du centre sont sans doute dues à un report des voies vers un barrage au parti communiste.

Cela ne résume pas, néanmoins, l’entretien que nous avons eu avec M.Viroulaud au sujet de ses fonctions à la mémoire et aux anciens combattants et à la place laissée à la mémoire de la Résistance dans l’espace public limougeaud.

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Cartables et crayons (retardateurs)…

Cette rentrée était pour moi l’occasion de rencontrer Mr Viroulaud, adjoint au maire de Limoges, pour parler mémoire et espace public. (Voir après).

Rendez-vous ayant été pris au Musée de la Résistance de Limoges, j’ai saisi l’occasion pour visiter l’exposition temporaire en cours.

Jusqu’au 23 septembre, c’est aux forces spéciales qu’est consacrée la galerie du sous-sol du musée de la rue Neuve Saint Étienne.

SOE, SAS ou OSS, ces commandos français, britanniques et nord-américains ont été parachutés sur les zones de maquis du Massif Central, des Alpes, des Vosges ou de Bretagne pour renforcer les partisans et harceler les arrières de l’occupant. Voir l’article sur la retraite allemande.

À voir donc, équipements et gadgets de ces soldats peu conventionnels, mais aussi, plus intéressant, nombre de profils d’organisateurs et de soutiens de réseaux (notamment les COPA, organisateurs de terrains de parachutages et d’atterrissages clandestins) avec leurs cartes de repérage des terrains ou les grilles indiquant les messages annonçant du traffic sur tel ou tel aérodrome secret ou leurs rapports d’observation ou d’activité.
Au menu également, une connaissance : le compagnon de la Libération Hennebert, passé par les terrains de Corrèze.

Ou encore, l’incontournable Maloubier, qui a donné son nom à un des boulevards de Limoges.

Des profils, pour les équipiers Jedburgh, SOE, OSS ou SAS assez singuliers, puisque ces hommes, à la Libération, ont très vite regagné le secret pour s’engager, ensuite, pour beaucoup d’entre eux, dans les opérations secrètes des guerres coloniales ou de la guerre froide.

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Culture populaire et mémoire (hors-série) : Nota Bene au Mont Gargan

J’avais annoncé que le prochain passage par la culture populaire rendrait visite à Mister Kit, mais Youtube est passé par là.

Le vidéaste Benjamin Brillaud, alias Nota Bene, un des youtubeurs parlant d’Histoire avec le plus de succès sur l’hébergeur de vidéos de Google a consacré sa dernière vidéo à la bataille du Mont Gargan.

Benjamin Brillaud, qui est avant tout un professionnel de l’audiovisuel, sait comment capter l’attention en contant les anecdotes du passé. Une approche du récit historique qui ne suffirait pas à la transmission de la connaissance historique, mais qui a sa place pour diffuser des bribes de connaissance à un public très large. Avec près de 30 000 vues en l’espace de 3 à 4 heures, peu de passeurs d’Histoire peuvent en faire autant. Sa chaine, qui compte presque un million d’abonnés, est une des grosses machines de Youtube.

Nota Bene, au delà de ces anecdotes incroyables, qui marquent les esprits (parmi lesquels il classe la bataille du Mont Gargan) et font du clic (plus de 900 000 vues pour certaines) travaille également à confronter Histoire, légendes, mythes, cinéma et quelques réflexions sur la transmission de la connaissance du passé.

A titre de comparaison, il rendrait jaloux des chaînes comme celles d’Arte (plusieurs chaines thématiques à environ 200 000 abonnés) ou l’historien Histony, dont j’ai, je crois, déjà parlé, qui ne compte pour sa part qu’une quarantaine de milliers d’abonnés. Sans compter votre serviteur et ses… 30 abonnés… (Je vous attends, d’ailleurs, hein. N’hésitez pas, c’est là.)

A titre de comparaison, Histony travaille sur une mise en scène des plus dépouillées : lui, parlant face caméra d’un ton très posé, avec des mots très choisis. En un sens, il respecte son profil de docteur en Histoire : prudence, rigueur et sobriété. Là où Benjamin Brillaud, vidéaste, parle d’un ton enjoué, avec un cadre plus léché. Chacun est dans son rôle.

Grand public et petits raccourcis

Naturellement, passé l’enthousiasme de voir la bataille du Mont Gargan se voir offrir une telle vitrine, j’ai sorti mes lunettes critiques. Et quelques points m’ont fait tiquer.

  • Oradour, ce ne sont pas des représailles mais une action de terreur. La Das Reich a d’abord pour ordre la guerre contre les partisans du secteur de la montagne limousine. Ils ne reçoivent que le 9 juin l’ordre de partir pour la Normandie. Ils décident alors de finir leur campagne de terreur par un coup particulièrement choquant porté à la population : une bourgade importante où l’activité maquisarde n’est pas signalé (il ne s’agirait pas de devenir des cibles quand on massacre). Même s’il n’est pas possible d’établir avec certitude les causes du choix d’Oradour, il est possible que la taille, les conditions de sécurité pour les tueurs et la situation géographique d’Oradour permettant de porter le choc du Limousin aux Charentes et au Berry ont pu déterminer celui-ci.
    Le terme de « représailles » est entré dans les usages, mais les habitants d’Oradour n’avaient rien demandé. Les passeurs de la mémoire d’Oradour, de Robert Hébras au personnel du centre de la Mémoire et aux associations de victimes se battent justement, entre autre, sur ce point. (Je vous propose de lire ou relire un précédent article où je me penchais sur la question.)
  • Guingouin ne devient chef des FFI qu’après cette bataille, le 3 août. La rancune du PCF a été tenace. En juin, il a désobéi à la direction FTPF qui lui ordonnait la prise de Limoges. Bon choix pour Limoges et pour ses hommes, mais mauvais pour sa carrière. Et les gaullistes étaient moyens chauds pour donner les rênes à un coco, d’autant plus en disposant à proximité de Limoges du Commandant Pinte, officier de carrière. C’est la encore un petit détail qui donne beaucoup de sens à tout ça. L’après guerre de Guingouin aurait aussi mérité un petit propos, mais ça c’est ma partie.
  • Enfin, attention au bilan. Les maquisards connaissaient bien mieux le terrain et les allemands ne sont pas parvenus à détruire ce maquis, contrairement à bien d’autres (Glières, mont Mouchet), et à reconquérir le terrain. Il y a donc réellement une victoire de la résistance. En revanche, les tués allemands sont peut-être un peu sur évalués. Ils pourraient englober les pertes de la brigade Jesser pour l’ensemble de son déploiement dans la région, jusqu’à son repli, fin août.

S’il est bon, je pense, ne serait-ce qu’en mémoire de celles et ceux qui y ont laissé leur vie, de se souvenir de cette victoire de l’armée des ombres, il est important de garder en tête les limites de cette victoire. S’il y a effectivement une période de bataille rangée entre maquisards du sud est haut-viennois et troupes allemandes, c’est bien d’un épisode de guerre de guérilla que le Mont Gargan a été le théâtre. Le terme de bataille rangée peut être employé mais avec une dose de prudence. Guingouin et ses hommes n’ont pas l’ambition de tenir le terrain coûte que coûte mais de faire disparaître le matériel dont ils vont avoir besoin dans les semaines à venir et préserver l’intégrité de leur organisation. En cela, c’est une victoire du maquis.

Ces précisions valent à mon sens d’être apportées pour que l’Histoire ne devienne pas folklore. Mais reconnaissons à Nota Bene de réussir à parler d’un petit coin de la deuxième bataille de France en l’espace de 10 minutes en gardant son public jusqu’au bout et en ne racontant pas trop de bétises. C’est toujours mieux que… Hum…

Pas sur les ambulances. (Mais oui, je parle de Bern et Deutsche.)

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Que je puisse jouer dans la cour des grands.